Semaine passée j’écrivais sur l’absence de probabilité que je porte la vie un jour. Aucune grande surprise dans mon entourage. Sauf mon papa. On dirait qu’il vient de s’réveiller après un coma de 20 ans pour réaliser que j’ai jamais eu d’enfant, que j’suis pas enceinte présentement et que c’est pas dans mes plans futurs.

T’as vu la mini-série Chernobyl? Même principe. Sauf que les radiations nucléaires sont remplacées par mon affirmation de pas vouloir d’enfant. Lentement, sournoisement, ça fait son chemin dans l’esprit de mon père. Il me parle encore et sa peau a pas commencé à nécroser alors je pense qu’on n'est pas en chicane. 

Faque tu te dis que tout est tiguidou chez les Pinpin. Non. En début de semaine, un orgelet me sort sur l’œil droit. En milieu de semaine l’œil gauche s’en mêle. La semaine va finir et je ne serais qu’un furoncle enflé purulent géant. Sinon tout baigne. Une baignoire, c’est là que je passerais ma vie si j’avais des vacances. J’alternerais bain et piscine. Une vie aquatique. Je serai la sirène de Villeray. Je nagerais jamais, j’aurais des flotteurs pour pouvoir jouir d’un état d’ultime paresse.

Tout ça pour dire que l’absence de sexualité mélangée à une cure de jus de 3 jours m’a complètement remis en question. Premièrement, mes jus goûtent le cul. La texture, la saveur, rien va ben. Faque j’ai mangé quelques pepperonis en cachette durant la première journée. À l’image de toutes mes relations passées, ça s’annonçait un succès. J’me suis dis que j’devrais, à mon rythme, me remettre dans l’univers des rencontres.   Par quoi commencer? Par où? Comment? Qui parle?  

L’environnement de travail c’est un big no. Been there done that. Tu penses que pour toi ça va être différent, vous êtes adulte, mature, capable de dissocier le travail et la vie privée. Ouin mais non. Inévitablement ça chie, tu le vois quotidiennement, tu deviens habituée à t’enfermer din toilettes en plein milieu de ton shift pour aller brailler avec un cabaret plein de mojitos din mains. Une peine sucrée et un quotidien lourd lourd lourd.  

Y’a aussi les fameuses applications/sites de rencontres. Le plus beau là-dedans, on dirait que c’est toujours le même monde, même 3 ans plus tard. Comme moi genre. Sauf que là on a vieilli et le monde dans mes critères de recherche a pénétré, avec moi, la phase très adulte de la trentaine. Donc beaucoup de descriptions de garde partagée sous-entendant des pensions alimentaires et des divorces douloureux. Des enfants sur toutes les photos, mais là on ne précise pas « c’est ma nièce ». On devient pas plus attrayant avec l’âge, on traîne encore plus de problèmes pis de bobos. Comme mes taches pigmentaires au niveau de la stache me donnant un air hitlérien.

J’entretiens une relation amour/haine avec les app de rencontres. Encore une fois à l’image de toutes mes relations passées. J’trouve que c’est une alternative le fun et simple pour la paresseuse en moi. Mais après une réintroduction dans cet obscur univers, j’me rappelle que c’est très demandant, exigeant et une perte de temps. Ça pourrait être simple. On se texte un brin, on se voit le lendemain. Merci bonsoir. Ça fit, ça fit pas, on est setté pis on n'a pas investi 13h en conversations insipides et interminables sur le nom de notre premier animal de compagnie et notre cépage favori. Parce qu’on va s’le dire, la meilleure version de moi-même, c’est la virtuelle. Dans cet univers fictif, j’ai aucun défaut, je vante mes qualités, j’ai le temps de Googler pour vérifier l’orthographe du garam masala pis démontrer mes connaissances exotiques, mes sautes d’humeurs paraissent pas pis j’ai l’air zen zen zen. Bullshit.

Y’a les rencontres arrangées. Qui sont souvent un peu craignos. D’abord on dit oui parce qu’on a rien à perdre. Et ensuite on se rend compte qu’on est prisonniers de la spirale infernale. On ne veut pas revoir l’autre,  mais on ne peut pas avouer les véritables raisons si c’est futile, on va se faire juger. Ça a chié avec Éric, quand il marche y’a du change dans ses poches pis ça fait gueling gueling pis ça me fait penser à mon grand-père.  

Donc il me reste une seule possibilité. Les rencontres fortuites. En personne là, le contact humain pis toute. Très rushant. Début vingtaine je m’en crissais, j’abordais tous les inconnus dans les bars pour parler de tout et de rien, pour sortir mes plus beaux calembours et pouf faire la split à 3h15 pour pas partir tu seule. Maintenant, si tu me vois faire la split, amène- moi à l’urgence, j’me suis brisée la fourche c’est clair.  

Aujourd’hui juste à y penser j’ai des frissons dans nuque. Rien à voir avec le désir. Plutôt du dégoût. Avec les années j’ai développé un côté sauvageonne et mange-marde. Comme un reverse Mowgli. J’suis ben dans mes p’tites affaires. J’ai zéro envie de jaser au monde pis faire du small talk pour avoir l’air smatte. Pis d’un autre côté j’peux pas arriver pis faire HEY belle boîte à crottes là-dessus, tu célibataire le p’tit? Ça fait très prédateur et c’est un peu inacceptable.

J’ai envie que ça soit smooth. Tout en douceur. Pas d’affaire de mains pis de derrière de genoux moites parce que j’ai peur d’me faire virer de bord. Du speed dating avec des bébés chiens, ça existe pas? Même si l’ensemble des hommes présents refusaient mes avances en vomissant en jet, je ne ressentirais pas le rejet puisque j’aurais des petits chiots pour me lécher tendrement le visage.  

Une p’tite rencontre simple, naturelle. Rien de forcé. Pis si ça implique des animaux ça va me mettre en valeur parce que c’est réellement le seul temps où j’ai l’air sympathique et douce.

Donc j’me suis dit que le chat du voisin ferait un appât idéal. Il vient tout le temps miauler dans ma porte, j’le laisse errer dans mon logis en y trouvant de l’affection, jusqu’à temps qui miaule trop pis qui nécessite de l’entretien. Plan simple. Caché derrière ma fenêtre, espionner le retour de mon voisin pis ouvrir la porte au même moment pour faire sortir le chat. J’ai briefé le félin, y’avait l’air down avec mon projet.  

Le Jour J arrive. J’ai le chat comme accessoire. J’ai mis des bougies parfumées dans la maison, j’ai fait un masque pour le visage, tout peut arriver je suis prête. J’ai des tranches de poitrine de dinde standby pour faire sortir le chat au bon moment, j’suis préparée ben raide. Une ombre passe devant la fenêtre, c’est le voisin. Pogne la dinde, me dirige vers la porte, la bête me suit en miaulant sa vie, ouvre la porte. Pis bingo. Le voisin me dévisage, me demande pourquoi j’ai son chat. Y'a moyen de place au dialogue. J’dis qui miaulait et il faisait chaud donc je l’ai laissé entrer pour y donner de l’eau. Le garçon enligne ma pelleté de dinde dans main et me dit fermement, j’espère que t’as pas donné ça à mon chat il fait des calculs urinaires, ça m’a coûté super cher de vet.

J’comme ok on a zéro un moment-là. J’vais finir par payer une facture de chirurgie de la vessie pour un osti de chat qui devait me servir de boussole à rencontres. C’est d’une lourdeur. J’ai doucement refermé la porte. Comme quand tu te réveilles d'une grosse brosse, tu discernes pu trop la réalité de tes souvenirs embrouillés pis tu fais comme si rien était arrivé. J'me sentais pareille en refermant la porte, une page se tournait. 

Faque, on rencontre ou?    

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