L'automne. Quelle belle saison. Si les sept merveilles du monde étaient une saison, ce serait l’automne. Tout le monde aime ça, le festival des couleurs, magasiner des pulls, bla bla, toutes ces phrases vides de sens qu’on répète constamment. L’automne, c’est beau, mais c’est surtout fait pour écrire des poèmes, on dirait.  

Feuilles orangées 
de toute beauté, 
vous m’inspirez.

Bientôt, fini les restrictions pour me parker,
une vie rêvée.

Les deux côtés de la rue m’appartiendront, 
quelle bénédiction.

Tu vois, n’importe qui peut faire des poèmes, ça veut pas dire que c’est bon, ni que ça vient du cœur. Moi ça venait du portefeuille, 78 $ de sauvé, c’est une épicerie de lousse.

Bref, Tinder, les feuilles mortes, ma vulnérabilité de lendemains de brosse, j’ai accepté une invitation à aller boire un verre. Je sais, cr*ss. Pourquoi? Je passe ma vie à dire aux gars d’arrêter de nous harceler sur Facebook et je me contredis en acceptant une fois sur mille. On est fait de contradictions; je suis faite de contradictions et de peu d'estime personnelle.

On se rejoint dans un petit bar de Rosemont. Le gars habite en banlieue. Déjà, je sens une distance nous éloigner. Sans farce, c’est un point important. As-tu envie de partir de chez vous en pleine tempête pour aller rejoindre l’autre de l’autre bord du pont Champlain? Non. Mais si tu peux le faire en métro? Oui. Ça exige quasi aucun effort.

La soirée passe. Et tout se déroule plutôt bien. Une date classique, on jase, on rit, on picole. En deux heures top chrono on s’est mis chaud. J’ai eu la réflexion que je devrais calmer mes ardeurs et concentrer mon énergie sur l’eau pour reprendre le dessus. J’me sentais être comme trop saoule pis ça me faisait chier. Ce n’est resté qu’une réflexion.

Je me souviens pas trop de qui a déclenché la fusion buccale, mais nos lèvres se sont scellées avec gravité. Dans le bar, dans le taxi, partout. Gros french pis du taponnage zéro élégant. Tsé ce qui te dérange pas de faire quand t’es pompette, mais à jeun tu juges en titi le monde qui se touche aussi intensément en public. Bref, je retournerais pas dans ce bar de sitôt, je vais laisser le temps passer un peu.

La soirée s’est étirée tard dans la nuit, trop gentille, éméchée et comme y’habite Tombouctou, je lui offre le gîte. On arrive chez nous, je lui dis qu’il peut dormir dans mon lit, mais de son bord pis pas de collage. Très accueillant, Merlin. Il se met en boxer et se couche. Moi, j’avais mes règles. Pour lui signaler la chose, en plus de lui avoir dit verbalement, j’ai mis mes plus grosses bobettes beiges. On dirait que j’avais comme besoin de prouver que c’était vrai avec mon geste. La cerise sur le sundae? Le gros coton ouaté que j’ai enfilé, qui m’arrive aux genoux, bien baggy. Mode sabotage activé. J’étais littéralement devenue l’antonyme de la séduction.

Si j’avais eu un scaphandre, je l’aurais mis. À 5 h du matin, je me réveille. Constate une présence un peu paniquée. Refuse ladite présence.

J’comme « f*ck, je déteste dormir avec quelqu’un, je me rendormirai pas », pis sa main dépasse clairement la ligne imaginaire qui sépare nos deux côtés du lit. Où est le respect? Et là il me sort : « Ça te manque pas de te coller sur quelqu’un des fois? »

J’ai dit non. Sans même ouvrir les yeux. J’me suis extirpée du lit en glissant comme une larve, tout doucement, sans trop bouger, pour passer incognito. Ce qui était tout, sauf discret. Pis j’ai été me coucher dans le sofa du salon. Où j’ai dormi comme un bébé.

Jusqu’à ce que j’entende l’autre virailler dans chambre, se lever et venir me rejoindre dans le salon.

Il se tenait debout, à côté du sofa, prêt à partir, son manteau sur le dos, il me dit qu’il va chercher son auto. J’ai à peine ouvert les yeux en lui souhaitant bonne journée. Non seulement l’accueil était moyen, mais le départ l’a été aussi. Mon cadran m’a réveillé à 8 h. J’ai fait ma journée de boulot sans vraiment y penser. C’est de retour à la maison que j'm'en suis voulue.

J’ai tellement été bête. Sans même le vouloir. C’était juste naturel. Pauvre gars. En même temps, je peux pas me forcer pis dormir collée, je déteste tellement ça. La date avait été cool, mais ça aurait pu s’arrêter là. Le dodo m’a ben turné off. J’ai pas envie que le monde vienne chez nous, dans mon intimité, qui veule se coller pis pas décoller en matinée. C’est mes affaires. C’était comme viscéral, tsé quand ça te pogne en d’dans pis faut vraiment que tu fasses quelque chose pour être bien. Cette sensation m’arrive également après une grosse journée où je dois me laver et m’acheter des croquettes du McDo.

Tsé le gars, j’le reverrai jamais. Y’avait pas de major turn off, juste pas de magie, pis un gros manque d’envie de mon côté. Cr*ss, j’peux pas y dire ça, c’est pas toi c’est moi. Même si c’est très vrai. Imagine un gars te fait ça, il te laisse partir sans te dire un mot, va se coucher ailleurs qu’à tes côtés. Même si c’est juste une nuit, c’est moyen sur un temps.

J’pense j’ai atteint un stade où je suis parfaitement plate. C’est ça la beauté de la chose. Je suis bien dans ma platitude. Sans personne. En fait, surtout sans personne. J’ai pas de patience. Pas de temps. Mon statut de célibataire me dérange pu. Mais les dates qui finissent pas en gros papillons dans le ventre oui.

On dirait que ça marchera jamais. Que j’vais rester frette pour l’éternité. Tandis que si je date pas, j’oublie que je m’attache à personne pis je vis mon quotidien tranquille.

On dirait que je date pour mettre un peu de piquant, c’est le fun le temps de la veillée, mais après j’ai jamais l’intention de rappeler l’autre ou de le revoir. Genre un chat avec un laser. Un p’tit moment d’excitation avant de retourner dormir ta vie.

Anyway je suis rendu avec tellement de critères, je pourrais même pas me dater moi-même.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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