9 septembre. 17h. Deuxième étage d’un édifice commercial de la rue Beaubien. Le genre de local qui a du tapis. Trop de tapis. Un tapis pour absorber les secrets dits à voix basse ou souffler dans un délicat murmure. Assise dans la chaise en cuir vert forêt ayant connu de meilleurs jours. Devant moi, un p’tit appui-pieds. J’me demande si c’est trop relax d’enlever mes souliers pis d’me mettre à l’aise.  

J’ose pas. Je regarde les lumières de circulation qui changent de couleur. J’me demande si le BBQ que j’ai trouvé dans les ordures la semaine dernière va fonctionner. J’pense aux succulentes recettes que je vais pouvoir me faire. Je stress parce qui faut que j’installe la bonbonne de gaz moi-même, me dis que j’suis capable. Pis là mon psy me parle. En fait ça fait un p’tit moment qui parle, mais je l’écoutais à moitié.   Psy : Et vos relations amoureuses? Moi : Inexistantes. Lui : Pourquoi? Moi : Parce que ça me tente pas. Lui :  Mais pourquoi? Moi : Parce que. J’ai envie de lui dire que c’est personnel. Pis j’me dis ferme ta yeule, t’es venue ici parce que ça te tentait, tu payes le psy, tu vas pas faire ta gossante. J’veux m’aider, mais avec parcimonie tsé. Je réponds donc avec plus de détails et d’élaboration. Je veux pas rencontrer, je suis bien, j’ai ma routine, mes p’tites habitudes, je suis libre, je fais ce que je veux, j’aurais de la misère à faire de la place pour quelqu’un dans ma vie présentement.

Lui : Je comprends. Mais. Ne vous refermez pas sur vous-même, être heureux et confortable c’est une chose, mais s’enfermer dans son confort et se couper des autres, c’est autre chose. Il me regarde.   Note à moi-même, changer de psy. En choisir un qui va régler ma vie en une séance et qui ne grattera pas mes bobos. Ça me faisait chier parce qu’il avait entièrement raison. J’vais lui donner une chance.

9 sept. 19h. Bar trendy de Montréal sans nom. Y’a du people. J’t’avec ma chummy pour un 7@9. On dirait que quand tu sors du psy, t’as besoin d’en parler. Tu vas là pour jaser, mais après faut tu parles des réflexions de ton psy. C’est sans fin. Donc, parle parle jase jase, prend un p’tit verre. J’explique à mon amie mon manque d’enthousiasme à dater, peut-être parce que ça fait tellement longtemps, je sais pas.

La place se remplit. On s’entasse un brin. Juste correct acceptable que j’ai pas peur que le monde sente ma grosse journée via mon aisselle. Mon amie entame une conversation avec un individu. J’vis le moment un peu confus où tu te ramasses solo pis tu te questionnes sur l’attitude à adopter. Faque j’tiens mon verre ben serré en regardant partout. Super naturel. Un gars vient commander un ginto à côté de moi. Et en renverse un peu partout en partant, s’arrête pour s’excuser. J’dis que tout est beau, j’en ai même pas reçu, c’est pas grave. Il insiste pour revenir plus tard et me payer un verre. La soirée passe et j’oublie. Pas par ivresse. Je suis pas chaude. Je feel mollo, je suis fatiguée j’ai envie d’être dans mon lit.

Et lui aussi visiblement. Mon amie tombe en amour un peu plus à chaque parole, c’est le temps de m’éclipser, j’vais pas lui gâcher son moment. En voyant ma p’tite main serrée autour de mon verre pis mon regard vide, elle va se sentir mal pis arrêter sa discussion.  

 

Je suis en train de chercher mon cell et mes clés dans mon sac à main pour flyer et ginto boy m’apporte un verre. Un cosmo. La dernière fois que j’ai bu ça, c’était à Boracay, bien pétée, à danser dans un bar pis à dire à des Australiens que j’étais gymnaste. Bons souvenirs, mais mauvais goût. Anyway c’est pas le drink le problème, c’est mon niveau de fatigue.  

Je décline poliment le verre, j’y dis écoute pour vrai je suis brûlée je vais aller me coucher, t’es vraiment gentil par contre c’est une belle attention, j’ai même mis ma main sur son épaule. Il me fait ce qu’on peut appeler une esti de face de marde, baragouine quelque chose et émet un petit rire. Je ris. Tsé quand tu ris pas vraiment mais que tu fais juste sortir un mini son de ta bouche, tu veux participer à la rigolade, mais t’as aucune idée du sujet. Je catch que c’est pas un rire genre oh je me bidonne, mais plutôt un criss de conne.

Évidemment, comme j’ai rien entendu, j’y demande de répéter, il me dit les filles vous êtes jamais contentes, j’te paye un verre, t’en veux pas..blablabla. Il a pas fini sa phrase que j’avais crissé mon camp. Cette phrase me tue. Les filles vous êtes jamais contentes. On est-tu vraiment encore la? Sérieux?  

Mettons quelque chose au clair. Se faire dire non ou ne pas avoir ce qu’on désire n’a aucun rapport avec le fait que les filles soient jamais contentes, qu’elles soient toutes des cr*ss de folles ou en syndrome prémenstruel. Tu te sens blessé par le rejet donc tu attaques avec des phrases qui te font passer pour un misogyne. T’as pas besoin de me reprocher quoi que ce soit. Y’a pas de chicane, le seul combat c’est dans ta tête. J’veux pas me forcer pour boire ton cocktail, j’ai le goût de rentrer chez nous.  

C’est facile de répliquer avec des imbécilités de même. Mais ça te fait mal paraître garçon. Quand je suis née, mon vagin ne me confiait pas des responsabilités pour satisfaire les hommes. J’ai pas signé de contrat visant à respecter tous les désirs des hommes et à acquiescer sur tout ce que vous me dites.

Ça arrive que je suis pas en accord, que je partage pas ton opinion, ou que ça me tente pas de le boire votre cr*ss de cosmopolitain. Pis ça fait pas de moi une folle. Une conne. Une mal baisée. J’pas là pour te rendre heureuse ni pour me faire insulter parce que ça fait pas ton affaire d’être pogné avec ton drink rose dans un joli verre triangulaire.

Ça se dit pas. C’est tellement laid. C’t’un discours cabochon. C’est quoi pour toi les filles qui ont de l’allure? C’est des filles qui disent oui à toute? Qui sont tout le temps d’accord avec toi? Dans le fond, une fille tout le temps contente, c’est une fille qui ferme sa yeule.

Je vais t’expliquer quelque chose de simple. Essayer de discréditer mes sentiments ou mes émotions avec tes propos arriérés et sexistes, ça ne fonctionne plus. Tu sais que j’ai le droit de vote? Que j’ai eu accès à des études supérieures? Que je sais pas recoudre un bord de pantalon? Ni faire un pot-au-feu? Arrive en ville chose.  

On est dans un bar pis tu deviens agressif en une fraction de seconde avec une inconnue parce que j’veux pas rester pour jaser avec toi. Au quotidien c’est quoi? Tu lances des meubles par le balcon quand tu perds au Monopoly? J’suis souvent contente. Mais ça arrivera jamais en ta présence, ça j’te le confirme, avec toi j’serai jamais contente.    

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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