Mercredi passé je soupe avec un ami, p’tite pizz ben tranquille dans le quartier italien. Il me jase de son french du samedi soir, un peu enivré dans un bar de quartier paumé. N’ayant pas frenché depuis belle lurette, ou belle luette dans mon cas, je savoure son anecdote en attendant du gros croustillant.

Tsé quand tu t’attends à quelque chose de GROS, genre elle s’est agenouillée dans les toilettes du bar pis là pif paf pouf. Pogné un boutte de vitre dans rotule toé chose, finit ça aux urgences. C’était pas ça pantoute. L’histoire était zéro rocambolesque et c’était vraiment pas si excitant que ça, ça m’a pas fait un pli dans culotte.

Deux Spritz et une déception plus tard, mon pote me fixe d’un air grave et me dit qu’il doit aborder un sujet avec moi, de pas mal le prendre. En partant, me faire dire ça, j’suis déjà en criss. Tu penses que j’pas capable d’accepter la critique ou les conseils sans pogner les nerfs. T’as tout à fait raison.  

Le plus sérieusement du monde, il me shoot que je mérite mieux que mon appart, que je devrais déménager dans un logis plus convenable. J’suis sûre qu’il me niaise faque j’attends la suite. Qui n’arrive pas. Il me regarde, essaie de défendre son point lamentablement devant moi qui mastique un morceau de pancetta ben tranquillement. Criss, il est en train de me faire une intervention. Manque juste la pancarte comme dans How I Met Your Mother.  

Derrière toutes les toiles d’araignées qui sillonnent le plafond, le carrelage de la douche datant des années 80, les murs en stucco pis le chat du voisin qui vient miauler dans ma fenêtre, c’t’appart-là je l’aime.    

Mon appart, c’est un peu la symbolique de ma liberté de trentenaire. C’est mon premier logis que j’me paye à moi toute seule. C’pas un palace, c’pas décoré au goût du jour, j’ai meublé ça avec tout c’que le monde m’a donné. C’est dans un demi sous-sol, j’ai pas la clim, par contre j’ai une abondance d’humidité et d’araignées. La règle pour pas que la chicane pogne entre elles? Y’en a seulement une qui peut vivre dans chaque pièce. Faque quand j’passe la balayeuse j’peux-tu te dire qu’on se croirait dans Hunger Games, au plus fort la survie.

Sérieux. J’me suis demandé si j’allais être gênée, éventuellement, un jour, bientôt ou pas, de ramener un homme à la maison. Et là, j’ai pensé à toutes les affaires ben pires que j’ai faites que de ramener un gars dans un appart fuck all Pinterest.  

Ma réflexion s’est pas imposée trop longue. J’ai eu de douloureux, douteux souvenirs de quelques gestes disgracieux posés par le passé qui font en sorte que mon appart est un penthouse majestueux. Tsé quand t’es pogné dans une situation où dire la vérité va te faire passer pour un cabochon faque tu escamotes du mieux que tu peux. T’es dans le 75/25. Les stats sont contre toi, y’a 75% des chances pour que le plan foire pis que l’autre te rappelle jamais en ayant des propos peu élogieux à ton égard pis t’as une infime portion de chance que ça passe inaperçu. Et que tu en sortes grandie et glorieuse.  

C’est sûr ça t’es déjà arrivé. Y’a différents degrés. Si j’avais à les situer, je dirais que le degré 1, c’est la p’tite crotte de nez dérangeante que tu sens sur le bord de ton nez à chaque respiration. T’as d’la misère à évaluer si l’autre l’aperçoit ou non, t’essayes de la faire disparaître avec la napkin en dessous de ton verre rapido.  

Degré 2, ta culotte a adopté un emplacement vraiment inconfortable dans ton intimité. Elle s’est créé un p’tit nid douillet dans tous ses plis. Tu viens d’aller aux toilettes, tu ne peux pas y retourner pour te dépogner ça, donc tu te sens lentement fendre en deux. Tu essaies, par de petits trémoussements, de la déloger de l’endroit où elle est prisonnière. T’as juste l’air de starter tes étirements avant ton cours de capoeira. Ça c’est des p’tites douceurs d’anecdotes. Quasi mignonnes. J’serais même pas gênée de les raconter à mes enfants.

Ça peut aller dans le très laid. Degré atomique, mettons. On se voyait depuis peu de temps. On revenait du restaurant. Le gars avait tout pour lui, il était charmant, cute, intelligent, voulait s’engager trop vite pis ça me crissait la chienne, un emploi stable, tu vois le topo. On revient du resto où on s’est dévissé correct. Dévisser au stade où on pissait côte à côte dans une ruelle, chacun d’un côté de la benne à ordures.  Si y m’avait demandé en mariage ce jour-là, j’aurais sûrement succombé.  

On arrive chez lui. Je feel moyen. Mélange charcuterie et vin rouge, j’me sens comme un paysan en Toscane avant d’aller faire la sieste, plein comme un boudin. Les gros frenchs embarquent, les mains se promènent. On va s’le dire les filles, faire sa besogne accroupie dans une ruelle, c’pas ce qui a de plus propre, j’me sens pas super à l’aise d’me faire taponner quand mes pieds ont sûrement des éclaboussures de pipi de brosse.  

Propose la douche. En pleine tendresse charnelle, où j’offre une gâterie à monsieur et, la passion se mêlant à nos corps ruisselants d’eau, je feel vraiment pas. Y’a pas de solution où tu peux gagner le combat de la vie. Pis criss, peux-tu être plus vulnérable que quand t’es tout nu. Sérieux. À poil, avec quelqu’un d’autre, avec un gros reflux gastrique de vin rouge dans gorge, j’ai beau chercher la sortie de secours, y’en a pas. Soit j’y dis que j’ai mal au cœur en l’abandonnant à son érection ou je tente de terminer mon projet sans en mettre partout sur les murs.

Évidemment, pourquoi prendre une sage décision et être honnête quand tu peux tout faire foirer en un clin d’œil. Et puis, tu te doutes ben de la suite, j’ai pas écrit tout ça pour finir par ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. J’me retenais, mais vu la position agenouillée que j’avais, c’était pas optimal. Et j’ai fini par vomir un peu. Un morceau de tomate. Sur son pénis. Morceau qu’il n’a jamais vu. Et que j’ai essayé de faire rentrer dans le drain avec une frénésie surprenante. Il ne s’en est jamais rendu compte. Depuis ce jour, je pense être invincible. Et je mastique mieux mes aliments.

J’suis ben à l’aise que quiconque vienne visiter mon logis en y pensant bien.    

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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