Le mouvement du body positivity prend beaucoup d’ampleur sur les réseaux sociaux depuis un bon moment déjà et s’il est facile d’adhérer au fait que chacun a le droit de s’aimer comme il est, ce mouvement reflète certainement le problème d’image que nous expérimentons en tant que société. En effet, il y a une contradiction entre le message d’amour de soi que la plupart des gens appuient et la réalité des individus ayant une apparence qui ne correspond pas aux normes de beauté moderne.

L’une des branches de ce mouvement s’adresse particulièrement aux personnes grosses afin de les aider à accepter leur corps tel qu’il est, mais aussi, changer l’image que la société s’est formée des gens qui sont considérés comme trop gros. Ainsi, les influenceurs, les célébrités ainsi que le public, vont utiliser les réseaux sociaux afin faire cesser l’oppression que vivent quotidiennement les gens avec un type de corps qui est considéré comme malsain.

Cette vision négative que nous avons des grosses personnes se nomme grossophobie et ce mot définit les attitudes de stigmatisation et de discrimination envers les personnes obèses ou en surpoids. Mais à part cette définition du Petit Robert, qu’est-ce que c’est la grossophobie et pourquoi les personnalités publiques la combattent-elles à l’aide du mouvement de body positivity?


Qu’est-ce que la grossophobie?


D’abord, la grossophobie, ce n’est pas la peur des gros, mais plutôt l’ensemble des perceptions, des discours et des comportements qui font que les personnes grosses n’ont pas la même expérience de la vie que quelqu’un dont l’apparence correspond aux attentes de la société.

Ce que ça veut dire, c’est qu’en tant que groupe, nous avons décidé quelque part dans notre parcours, qu’être gros, c’est mal. Cette façon de voir le corps affecte donc ceux qui sont gros dans plusieurs, sinon toutes, les sphères de leurs vies, créant ainsi une forme de discrimination.


Pourquoi et comment avons-nous, en tant que société, décidé que la grosseur est négative?


Selon une thèse sur la représentation contemporaine du corps, l’idée que nous avons du corps humain est construite par la société puisqu’il est interprété par des humains, dans une culture donnée.

Ce qui veut simplement dire qu’alors qu’à certains moments dans l’histoire ou dans certaines cultures, être gros peut vouloir dire être en santé, beau et riche, dans notre culture où la productivité est le summum de l’être, la grosseur renvois à une image de paresse, de maladie et d’échec.

Puisque nous vivons dans une société capitaliste, le mérite se mesure, entre autres, par la classe sociale et la capacité d’être un membre productif de la société.

Dans les années 90 et même avant, avec la montée du consumérisme, de nouvelles normes de beauté ont été propagées par les médias et les publicités. Cette nouvelle image du corps représente un idéalisme difficile à atteindre dans le but de créer une demande pour des produits, mais aussi, car elle représente l’idée de la maitrise du corps et l’efficacité.

Donc MINCE = productivité et maitrise tandis que GROS= paresse et malsain.

Pourtant, il est faux de faire cette association. Une personne mince peut avoir des habitudes de vie beaucoup plus malsaine qu’une personne grosse, la seule différence c’est que l’une d’entre elles est beaucoup mieux acceptée dans la société.


Les influenceurs.ses et le body positivity

Que l’on pense à Ashley Gaham à l’international ou à Safia Nolin, Élisabeth Rioux et Alanis Desilets ici au Québec, les personnalités connues se servent de plus en plus de leur tribune afin de faire passer un message de body positivisme.

En effet, que ce soit par les médias ou les réseaux sociaux, le but est de faire la promotion du mouvement d’acceptation de soi, mais aussi d’envahir les espaces de corps diversifiés et « hors normes » afin qu’un jour, le corps unique de chacun soit accepté sans jugement partout et pas tous.

La représentation est importante, car c’est en voyant des exemples de tous les corps, démontrés de manière positive, que la société pourra réaliser la réalité de ces corps et les accepter pour ce qu’ils sont.

Par exemple, ce qu’a fait Safia Nolin avec son vidéoclip, c’est montrer des corps de femmes nus qui ne correspondent pas aux normes de beauté. On y voit des bourrelets, des seins et des vergetures alors que la société n’est pas habituée d'en voir dans un cadre de beauté et encore moins dans un discours positif.

Élisabet Rioux fait aussi un effort de diversité dans la représentation des corps avec sa marque de maillots de bain Hoaka Swimwear. Que ce soit sur la page Instagram ou sur le site officiel de la marque, on y trouve des corps diversifiés de toute forme et toutes tailles. La jeune célébrité québécoise a aussi lancé le projet #BreakTheFiltre, une série de vidéo qui promeut la beauté des différents corps et la confiance en soi.

 

La grossophobie dans la vie de tous les jours avec MtlFatBabeSquad

Afin de bien comprendre la réalité d’une personne grosse, mais aussi de quelqu’un qui milite au quotidien pour le mouvement de body positivity, je me suis entretenue avec Chrislène, fondatrice des pages Mtlfatbabesquad et Laremarkable, toutes deux axées sur l’acceptation de tous les corps et de soi.


À son avis, la grossophobie est un ensemble de beaucoup de choses qui empêchent les personnes qui ne seraient pas « dans les standards de beauté » d’avoir accès au même traitement que les autres dans la société. Que ce soit dans la recherche d’emplois, d’être pris au sérieux chez le médecin, ou d’avoir accès aux mêmes vêtements de que tout le monde dans les magasins, les personnes grosses n’ont pas les mêmes opportunités, et cela, au quotidien.

 

Avant de se joindre au mouvement, Chrislène a grandi en pensant qu’elle ne serait jamais vue comme un emblème de beauté ou même une personne que les gens pourraient aimer. Il était donc difficile pour elle de s’imaginer faire tout ce dont elle rêvait.

« J’ai toujours voulu danser, faire du modeling, être actrice. Mais parce que je ne voyais pas de femmes grosses et noires faire ce que je voulais faire, je pensais que c’était impossible puisqu’il n’y avait pas de représentation. »

C’est quand elle a pu voir des femmes comme elle représentées dans les médias et sur les réseaux sociaux, qu’elle a réalisé toutes les possibilités qui s’ouvraient à elle.


Ainsi, selon Chrislène, la représentation négative de la grosseur dans les médias est l’un des facteurs principaux de la grossophobie et c’est pour ça qu’il est important de changer le discours sur le poids à l’aide du mouvement de body positivity, et montrer le plus de corps différant possible et dans toute sorte de cadres (sport, détente, activités, entrepreneuriat, etc.) afin de contrer cette image unique et négative que nous avons des personnes grosses.

Pour Chrislène, il est important de savoir qu’être gros n’est pas une identité et que la grosseur ne dicte pas la capacité d’une personne d’apporter du positif dans la société.

Influenceurs et body positivity

Le fait que les influenceurs s’approprient le mouvement de positivisme pour le partager avec leurs abonnés rend Chrislène très optimiste pour l’avenir.

Elle ajoute toutefois qu’il faut faire attention à ce qu’il y ait une multitude de représentations et pas seulement, par exemple, des images des mannequins comme Ashley Graham. La mannequin fait un travail magnifique de représentation, mais cela pourrait créer une impression qu’on peut être gros, mais seulement de la même manière qu’elle.

Chrislène affirme que c’est exactement pour cette raison qu’elle a fondé le FatBabeSquad, afin de montrer plein de corps uniques, francs et beaux dans leurs différences.

Pour terminer, voici trois choses à retenir sur la grossophobie et le body positivisme selon Chrislène

1. Arrêter de dire que les gens sont obèses. C’est un terme médical qu’il faut laisser aux médecins. Dire que quelqu’un est obèse revient à lui attribuer une pathologie et témoigne de la peur de cette maladie.

2. À l’intérieur du mouvement, il y a toute sorte de personnes de toutes les tailles possibles. La grossophobie peut être ressentie par une personne, peu importe où elle se trouve dans son cheminement, qu’elle en soit à s’accepter comme est, ou à faire des changements afin d’en être capable, ainsi, le body positivity c’est pour tout le monde.

3. Il faut déstigmatiser le mot gros et arrêter d'avoir peur de l’utiliser pour ce qu’il est, un adjectif qualificatif sans connotations négatives.

Enfin, la grossophobie est née d'un discours que nous avons entendu encore et encore, sans le remettre en question. Afin d'éviter de propager des préjugés faux et discriminatoires, il est important de se tenir informé et ceux qui sont les mieux placés pour parler d'une oppression sont ceux qui la vivre de façon quotidienne. Vous êtes donc invités à approfondir vos connaissances auprès de ceux qui militent aux premières lignes du mouvement d'acceptation comme Chrislène. 

 

 

 

 

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