Cet article est publié en rappel.


On entend un peu trop souvent « les femmes sont toutes des folles ». Mais dans mon cas, je leur ai donné raison. Je suis la fille qui t’envoie quinze textos quand tu ne réponds pas à tes messages, qui dit à tout le monde sur Facebook que tu m’as trompé et qui finit à l’hôpital parce que je suis un danger pour moi-même lors d’une rupture. En effet, je suis « folle », j’ai carrément trois maladies mentales, mais je ne suis pas à blâmer.

C’est une relation qui m’a rendu malade. J’ai vécu des abus psychologiques lors de ma première relation jusqu’à ce que je tombe en dépression psychotique majeure et qu’il me quitte en disant « c’est turn off les dépressives. » Les maladies qu’il a causées chez moi ne peuvent pas se guérir, mais se traiter, alors je serai malade toute ma vie. Pourtant, je suis une « folle » et personne n’a pensé qu’il pouvait y avoir une autre personne responsable de cela.

On parle souvent d’abus physiques, mais les abus psychologiques font tout aussi mal. Selon le ministère de la justice, la violence psychologique « consiste à utiliser des mots ou à agir de façon à contrôler quelqu’un, à lui faire peur, à l’isoler ou à lui ôter sa dignité. » On pense tout de suite aux cas plus graves comme les menaces, les cris, l’intimidation ou les gestes violents envers nos biens ou nos animaux. Mais il existe également des violences plus subtiles comme rabaisser quelqu’un, l’empêcher de voir ses amis ou l’humilier.

Il n’existe que des statistiques sur les crimes de violences conjugales, qui ne comprennent pas toutes les formes de violence psychologique. Mais il est clair que les femmes sont les principales victimes. Sur plus de 19 000 personnes victimes de crimes dans un contexte conjugales au Québec, les femmes représentent plus de 97 % des agressions sexuelles, plus de 91 % des intimidations et plus de 86 % des harcèlements criminels. Ce n’est pas étonnant que certaines d’entre elles deviennent « folles » après tout cela.

En effet, les femmes victimes de violence conjugale ont deux fois plus de risques de souffrir de dépression. Elles ont également trois fois plus de risques de développer des symptômes psychotiques semblables à la schizophrénie. Ce sont précisément les deux maladies dont j’ai souffert suite à une relation abusive.

Bien sûr, ce n’est pas tout le monde qui vit des situations aussi graves que cela. Mais le simple fait d’empêcher une femme de voir ses amis par jalousie peut l’isoler. L’humilier parce qu’elle a eu un comportement inapproprié lui peut faire perdre confiance en elle. Lui mentir constamment peut lui faire douter de son état mental. L'ignorer pendant trop longtemps peut réveiller des souvenirs où elle a trop souvent été rejetée. Ce n’est pas parce que le geste est subtil qu’il n’a pas de conséquences.

Il ne faut jamais ignorer que les hommes puissent être victimes d’abus eux aussi, tout comme les couples homosexuels. Il est également possible qu’une femme réagisse de façon exagérée à certains gestes. Si elle envoie sans cesse des messages à son partenaire, il peut lui exprimer clairement qu’il veut qu’elle arrête et la bloquer. Si elle est trop jalouse, il peut mettre fin à la relation pour retrouver sa liberté. Si elle menace de se suicider, il peut contacter immédiatement les services d’urgence pour qu’ils s’en occupent. Il n’est aucunement question de minimiser les véritables abus vécus par les hommes ni de dire que c’est facile d’en sortir.

J’en ai assez qu’on dise que « les femmes sont toutes des folles » quand elles ne sont pas toujours à blâmer. Trop souvent, c’est leur partenaire qui est en partie responsable et c’est à eux qu’on devrait s’adresser. Je n’ai pas honte d’avoir souffert de maladies mentales, mais celui qui m’a fait ça devrait avoir honte de les avoir causées.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

On rappelle à toute personne souffrant du mal de vivre ou connaissant une personne en détresse que plusieurs ressources existent, comme Revivre (1 866 REVIVRE (738-4873)).

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