Des nutritionnistes réagissent après la controverse des demi-bananes à Rythme FM
Dire que certaines personnes OSENT manger plus d'une banane par jour.🍌🤯

Des nutritionnistes réagissent après la controverse des demi-bananes d'Isabelle Huot sur les ondes de Rythme FM.
Toi, combien de bananes manges-tu par jour? Si c'est plus d'une demie, ce serait « un petit peu trop », selon Isabelle Huot, figure bien connue du domaine de la nutrition au Québec. Ses propos tenus sur les ondes de Rythme FM ont vivement fait réagir plusieurs nutritionnistes, qui dénoncent ce qu'ils et elles qualifient de « culture des diètes » et tiennent à remettre les pendules à l'heure.
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Tout d'abord, commençons par le commencement. Le 20 août dernier, la docteure en nutrition Isabelle Huot était l’invitée du duo des Filles du Lunch, formé de Maripier Morin et Marie-Eve Janvier.
Grosso modo, les deux animatrices se lancent chaque semaine un défi visant à intégrer une nouvelle habitude à leur quotidien. La semaine dernière, Morin avait opté pour l’entraînement, tandis que Janvier souhaitait revoir son alimentation matinale afin de réduire ses ballonnements.
C’est dans le cadre de ce segment que la chanteuse a fait appel à Mme Huot pour tenter de trouver une solution. Cette dernière lui a notamment suggéré de ne manger qu’une demi-banane par jour, ce à quoi Marie-Eve Janvier, visiblement estomaquée, a répondu qu’elle en consommait au moins trois quotidiennement.
« C'est un petit peu trop », dit Mme Huot, en souriant. « Moi, je dirais une demie par jour, parce que tu as quand même quatre carrés de sucre. Je ne dis pas de ne pas manger de fruit ; trois fruits par jour, c'est correct. Mais idéalement, trois fruits différents. »
Alimenter la « culture des diètes »
Qu'est-ce que la « culture des diètes », te demandes-tu? Ça désigne un ensemble de croyances qui valorisent la minceur et qui associent notamment le poids à la santé ou même à la valeur d’une personne, rapporte sur son site Web Anorexie et Boulimie Québec (ANEB).
Elle encourage aussi la perte de poids et tend à classer les aliments comme étant « bons » ou « mauvais ». Selon ANEB, cette façon de penser peut entraîner de la culpabilité autour de la nourriture, la peur de certains aliments et l'adoption de règles alimentaires de plus en plus restrictives.
Cette « culture », c'est justement ce qu'ont dénoncé moult nutritionnistes sur les réseaux sociaux, tantôt dans des publications éphémères, tantôt dans des réactions vidéo ou écrites.
Dans une vidéo relayée sur Instagram, la nutritionniste Tania Valiquette, auteure du livre « Maudites diètes », soutient que, bien qu'Isabelle Huot ne soit plus nutritionniste depuis quelques années, « c'est quand même une professionnelle de la nutrition » et garde son titre de docteure en nutrition, « ce qui lui donne une certaine crédibilité et je trouve ça d'autant plus dommage ».
Des conseils qui passent moins bien en public
Le nutritionniste Bernard Lavallée, aussi connu comme « Le nutritionniste urbain », affirme dans une vidéo Instagram publiée ce dimanche 23 août qu'il se peut bien qu'une personne mange trop de fruits, « mais on s'entend que c'est loin, loin, loin d'être la majorité des gens au Québec ».
C'est banane à la main que l'expert soutient que de « donner un conseil personnalisé à un client ou à un patient dans un contexte particulier, c'est une chose. Mais donner le même conseil publiquement, ben là, ça peut avoir un effet complètement différent ».
« Démoniser des aliments publiquement, ça envenime la relation que les gens ont avec l'alimentation et ça nuit à la santé mentale. Mais démoniser des fruits publiquement, ça, c'est comme une coche au-dessus qui, à mon avis, envoie un message complètement contradictoire aux objectifs de la santé publique. »
Même son de cloche du côté du nutritionniste Benoît Boulanger, qui déplore que des propos alimentant, selon lui, la culture des diètes soient diffusés à une heure de grande écoute sur une plateforme rejoignant un « très large public ». Il estime que Rythme FM a une responsabilité quant aux messages qu'elle met de l'avant.
« Je vous demande de répandre la bonne nouvelle en partageant à tous vos proches qui auraient pu écouter ce passage radio qu'on ne doit ressentir en aucun cas de la culpabilité quand on mange une banane. J'en reviens pas que je vienne dire ça », conclut-il.
La banane, aussi une question de portefeuille
La nutritionniste Marjolaine Cadieux estime pour sa part dans une série de stories qu’encourager les gens à limiter leur consommation de bananes fait abstraction de certaines réalités économiques, puisque ce fruit demeure généralement plus accessible que d’autres.
« Oui, des framboises, il y a plein de fibres, mais à 7 $ le casseau, il y a plusieurs ménages qui ne peuvent pas s'en procurer, lance-t-elle. Fek de dire de se limiter, c'est aussi être déconnecté des enjeux économiques des gens. »
L'experte rappelle également que l’alimentation ne devrait pas être analysée uniquement sous l’angle des calories, du sucre ou des portions, mais aussi en tenant compte du plaisir, de la culture et de l’accessibilité des aliments.
« Manger, c'est plus que des chiffres », dit-elle.
Au moment de la publication, ni Cogeco Média, propriétaire de Rythme FM, ni l'Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec (ODNQ), ni la docteure en nutrition Isabelle Huot n'avaient répondu à nos demandes d'entrevue ou de commentaire.