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Victoire de Stevens et Ines à OD : voici ce que ça implique pour la diversité au Québec

Stevens marque l'histoire en étant le premier homme noir à remporter Occupation Double.

Éditrice, Narcity Québec
Victoire de Stevens et Ines à OD : voici ce que ça implique pour la diversité au Québec

Lors de la finale dOccupation Double Dans l'Ouest, le couple d’Ines et Stevens a marqué l’histoire de la téléréalité de dating, car pour la première fois, un couple avec un homme noir et une femme d’origine marocaine a été élu par le public québécois. Narcity s’est donc entretenu avec la journaliste Anne-Lovely Etienne afin d’avoir sa perspective sur ce qu’implique cette victoire pour la diversité culturelle à la télévision au Québec.

Ce n'est pas la première fois qu'une personne issue de la diversité gagne OD, on peut notamment penser au couple de Cintia et Kaled d'OD Espagne ou même à Vincent d'OD Chez Nous qui est d'origine québécoise et costaricienne. Cela dit, année après année, il a été possible de voir que les personnes noires ne passaient pas le tapis rouge ou étaient éliminées dans les premières semaines de l'aventure. Ce n’est d'ailleurs que tout récemment avec Kiari d'OD Afrique du Sud, donc à la treizième saison de l’émission, qu’un premier homme noir s'est rendu en finale.

Ce changement et cette ouverture qui s'opèrent dans le showbiz québécois ont été soulignés par Anne-Lovely, qui est collaboratrice pour le Journal 24 heures et qui se décrit comme étant la défenderesse de la diversité culturelle au Québec. Elle s'est donc ouverte sur ce qu'elle considère comme une belle avancée dans la société, mais aussi sur le chemin qu'il reste à faire pour avoir une vraie représentation multiculturelle et multiethnique dans nos écrans.

Qu'est-ce que la victoire de Stevens et Ines implique pour la représentation des « minorités visibles » dans le showbiz québécois?

« Premièrement, je veux juste dire que j'étais hyper active sur mes réseaux sociaux, j'ai demandé aux gens d'aller voter pour Ines et Stevens parce que d'abord oui, c'était de les voir à la télé parce qu'ils m'ont donné l'impression d'être vraiment amoureux, qu'ils se sont réellement trouvés à travers cette émission, qu'ils ont été hyper transparents et fidèles à eux-mêmes […].

« La deuxième des choses, le fait que ce soit un couple issu de la diversité c'est gros, c'est vraiment gros parce que l'amour transcende des cultures […]. 

« [Ensuite], ce que ça implique, c'est que les productions télévisuelles québécoises ne doivent pas avoir peur de montrer cette diversité à la télévision. Parce qu'au bout du compte, quand on parle d'amour, ça rejoint tout le monde, c'est ce que ça veut dire. Stevens et Ines, qui ont gagné comme couple ça veut dire, je pense, que la plupart des gens qui ont voté pour eux qui sont Québécois [et blanc] les ont juste trouvés cutes […], alors, quand je retourne à ce que je veux dire, c'est que [pour| les productions télévisuelles québécoises, ça démontre que n'importe qui peut se refléter à la télé puis on peut se rejoindre à ce thème universel qui est l'amour.

« À Montréal, comme beaucoup d'autres régions, je dirais que les thèmes comme l'amour, comme l'amitié, comme le passage à la vie adulte, comme le secondaire, ce sont tous des thèmes que tout le monde vit puis c'est une ville qui est multiculturelle, je veux dire, il faut le représenter, ça, à la télévision. Puis si on le fait ce pas-là vers l'avant comme Ines et Stevens, ça montre qu'on est rendu là. Il ne faut pas démontrer que c'est [seulement] blanc à Montréal parce que c'est vraiment pas le cas. 

« Pour moi, ce pas du premier couple issu de la diversité [avec un homme noir] dans une téléréalité québécoise, ça veut simplement dire qu'on est très, très, très en retard, un, mais deux, que ça avance! Donc, pour moi c'était une victoire dans tout ce sens-là. »

Le chemin vers une bonne représentation de la diversité du Québec à l'écran n'est sûrement pas terminé, quelles sont les prochaines étapes à franchir pour y arriver selon toi?

« Je pense que OD, je dois les féliciter là-dessus, je pense qu'ils essaient vraiment de faire un effort dans le sens où la diversité est importante. Ils veulent par tous les moyens la représenter, je me souviens avec Khate, que ce soit la diversité sexuelle, je pense aussi à Jenny de cette saison OD Dans l'Ouest, une femme voluptueuse, Kathleen […] qui est aussi une femme avec des courbes et qui s'assume, issue de la communauté italienne si je ne m'abuse, et ces femmes-là je veux dire, moi j'ai des amis qui [leurs] ressemblent […].

« Moi, la question que je me pose c'est : est-ce que dans la production d'OD il y a des gens issus de la diversité qui peuvent lever le red flag. Dire "hey guys, il y a quelque chose qu'un candidat a dit" [...], s'il y a quelqu'un qui est issu de la diversité, bien ils vont avoir ce genre d'idée là et ça, ça va se refléter à la télé.

« Est-ce qu'on a des réalisateurs, des producteurs issus de la diversité? Écoute, ça commence, mais est-ce qu'il y en a assez pour qu'on puisse finalement avoir cette diversité que je souhaite être reflétée à la télé? Pas encore. On est quand même en 2021, je fais l'exercice de le rappeler aux gens qu'il y a encore un très grand manque de diversité à la télé malgré qu'on est en 2021.

« Mais c'est correct, parce que je pense que nos dirigeants des médias sont en train de se réveiller, et ils sont en train de se dire "écoute, c'est parce que ça fonctionne, les gens l'écoutent" puis c'est pas parce que tu habites à Chibougamau ou en Abitibi-Témiscamingue que tu ne seras pas touché par le couple de Stevens et Ines. »

Tu es toi-même une femme noire qui évolue dans un milieu médiatique majoritairement blanc, qu'est-ce que ce moment représente pour toi?

« Moi j'ai beaucoup de choses à dire parce que j'évolue comme collaboratrice au Journal 24 heures, oui, étant une des seules femmes noires à l'écriture, on commence à en avoir quand même, mais je pense qu'on peut quand même les compter, si c'est pas sur une main, au moins sur deux mains. Fait que c'est vraiment pas beaucoup. Pour moi ça veut dire que je peux me permettre d'en parler publiquement [de la diversité].

« Ce matin j'ai écrit à ma patronne justement puis j'ai écris, "Je pense que ça serait un article le fun sur le fait que Ines et Stevens ont gagné, et que tranquillement pas vite, on est en train d'ouvrir la porte à des personnes issues de la diversité dans le petit écran québécois."

« Ce que ça me dit aussi […], c'est que les générations futures ont espoir de se voir à la télé. […] Dans ma génération, ceux qui commencent à avoir des enfants, pour plusieurs on est des couples mixés, ça aussi il faut le dire puis nos enfants vont avoir beaucoup de culture, un métissage de culture et de voir ça être reflété à la télé, c'est beau!

« […] J'espère juste que les prochaines éditions d’OD, comme celle-ci, [seront] autant diversifiées sinon plus, mais j'ai été très, très, très agréablement surprise de voir à quel point OD cette année c'était du beau métissage […], c'est fou parce que même le slang, même le langage qu'utilisent les candidats à travers les émissions […] j'ai entendu Rasheeda avec Jolie-Ann dire "Ah, vague." J'étais comme "Oh my god, c'est la première fois que j'entends dire 'vague' à la télé." C'est une expression typiquement créole, typiquement slang des rues montréalaises qui veut dire "laisse faire" […], c'est important d'embrasser ce caractère qui est unique à Montréal parce qu'on a un métissage des langues qui est très particulier et unique. »

Y a-t-il quelque chose que tu aimerais ajouter?

« Je m'adresserais aux jeunes générations en leur disant : "Poussez dans vos rêves." Nos parents à nous, en tant qu'immigrants, ont toujours voulu qu'on se réalise dans des métiers qui étaient beaucoup plus traditionnels. Soit la médecine, le droit, l'ingénierie. C'était que ça pour accomplir le rêve de nos parents qui veulent que du bien, qui veulent qu'on ait une meilleure vie qu'eux […].

« Ce qu'ils veulent, c'est qu'on s'accomplisse, qu'on manque jamais de rien, qu'on manque jamais d'argent. Les métiers traditionnels c'était pour eux la voie qu'on devait suivre. Ce que ça fait c'est que les gens qui sont des artistes sont devenus des médecins, sont devenus des infirmiers, sont devenus des avocats pour le plaisir de leurs parents […], ce qui fait qu'il y a maintenant un grand manque dans les domaines artistiques.

« On les cherche ces gens-là et je dirais que les gens qui ont ce pouvoir, les producteurs qui ont ce pouvoir, allez chercher les jeunes, qui ont du talent dans les écoles, qui sont issus de la diversité parce que c'est eux qui peuvent porter les histoires […]. On parle de choses qu'on connaît, on parle de choses qui nous touchent donc je dirais : "Laissez, en tant que parents, vos enfants réaliser leurs rêves même si c'est un chemin ardu et difficile." […]

« Les instances qui ont ce pouvoir, donnez la chance aux jeunes créateurs issus de la diversité et aux autochtones de raconter leurs histoires ou de faire briller leur art. Je dirais que déjà là, on s'en va dans la bonne direction si ça arrive. »

Cet entretien a été édité et condensé afin de le rendre plus clair.

    Noémi Lincourt
    Éditrice, Narcity Québec
    Noémi Lincourt est éditrice chez Narcity Québec. Elle est spécialisée en divertissement et réside dans le Grand Montréal.
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