La mairesse de 21 ans Isabelle Lessard s'ouvre sur son parcours et la pression qu'elle vit

« C'est comme si on attendait juste que je me plante...»

Éditrice, Narcity Québec
La mairesse de 21 ans Isabelle Lessard s'ouvre sur son parcours et la pression qu'elle vit

À seulement 21 ans, Isabelle Lessard peut ajouter le titre de mairesse de Chapais à son C.V. alors qu'elle a été élue par acclamation aux élections municipales 2021.

Devant un manque de candidatures à la mairie, la native de cette petite municipalité située dans le Nord-du-Québec, a décidé de prendre les choses en main et de se présenter. C'est après le désistement de son adversaire en cours de campagne qu'elle a officiellement été assermentée et proclamée mairesse de la ville de Chapais le 2 novembre dernier.

Maintenant la plus jeune mairesse de l'histoire du Québec, Narcity s'est entretenue avec Isabelle Lessard pour en apprendre plus sur son parcours, ses motivations et sur la pression qui vient avec ces responsabilités.

Qu'est-ce qui t'a poussé à te présenter en politique?

Si elle ne croyait pas que ça allait se faire si tôt, la mairesse avoue cependant qu'elle a toujours eu un intérêt à se lancer en politique.

« Je pense que, quelque part dans ma vie, j'aurais fini par le faire. Je pensais juste pas que ça se ferait aussi rapidement! (rires). J'avais un petit intérêt à le faire, mais comme je dis, c'était peut-être un peu tôt à 21 ans.

« C'est vraiment l'opportunité qui s'est présentée, parce que, à la veille de la fermeture des candidatures, personne encore ne s'était présenté au poste de maire. [...] Les gens se sont désintéressés et à un moment donné la réflexion était assez simple. Je me suis dit : "Il faut que quelqu'un le fasse, il faut que les gens aillent de l'avant, il faut que les gens s'impliquent." Et si on attend toujours après les autres pour le faire à notre place, quand est-ce que c'est nous qui allons de l'avant et qui le font?

« Je suis native de Chapais, j'adore Chapais, je vais sûrement rester à Chapais encore les 20 prochaines années et la meilleure façon de s'impliquer, c'est d'aller carrément dans la Ville et dans le Conseil. Je trouvais que c'était une belle façon concrète de s'impliquer. »

As-tu toujours été aussi fonceuse dans ta vie?

« C'est drôle que tu me demandes ça, parce qu'en fait, j'ai un parcours un peu atypique.

« Au secondaire, avec les études et tout, j'ai fait beaucoup d'anxiété, c'était pas facile. [...] Il y a beaucoup de choses que je me suis empêchée de faire parce que l'anxiété était devenue omniprésente dans ma vie.

« Puis récemment, dans la dernière année, j'ai travaillé très fort sur moi-même pour réussir à me sentir mieux et être mieux dans ma peau. J'ai fait diverses thérapies, divers trucs que j'ai mis en place avec des personnes pour m'aider et ça s'est très très bien passé à ce niveau-là.

« Et depuis le mois de mai, je me sens beaucoup mieux, j'ai vraiment repris le contrôle de ma vie. C'est en fait ce qui a fait en sorte que j'ai eu envie de me lancer dans de nouveaux défis, dans de nouvelles expériences extraordinaires pour vraiment reprendre le contrôle de ma vie, et faire une différence.

« Alors, est-ce que j'ai toujours été de nature fonceuse? Oui, mais ce n'était pas autant que je le voulais. Puis, dernièrement, j'ai vraiment travaillé fort pour faire ce que j'avais envie de faire dans ma vie. »

Mme Lessard indique d'ailleurs vouloir s'impliquer sur les enjeux de la santé mentale durant son mandat. « C'est certain que tout ce qu'on va pouvoir faire pour aider et briser les tabous là-dedans, ça c'est sûr que ça va me tenir à coeur », a-t-elle confié.

Quelle a été la réaction de tes proches lorsqu'ils ont appris que tu te présentais à la mairie?

« La plupart étaient surpris, mais agréablement surpris. Je pense à mon conjoint, le soir que je suis arrivée avec ma feuille, lui disant que je me présente comme mairesse, il est un peu parti à rire. Quand je lui ai dit que j'étais vraiment sérieuse, c'est là qu'il a été surpris.

« [...] Mes proches étaient un peu inquiets et me disaient : "C'est dur Isa, les gens vont te critiquer, ça va tu être correct? On veut pas que ce soit trop difficile, ou finalement que tu sortes de là débâtie." Mais, j'ai beaucoup de soutien et j'ai vraiment confiance que ça va bien se passer à ce niveau-là. Ma famille est très fière de moi. »

Comment as-tu réagi lorsque tu as appris que tu devenais officiellement mairesse?

« C'était un gros mélange d'émotions. J'avais autant d'émotions de fierté, de joie, je me sentais tellement excitée par tout ça! Mais, à la fois, j'avais un peu peur, j'avais des doutes, j'étais effectivement angoissée, mais j'avais vraiment hâte. Ça c'est vraiment le sentiment que j'avais, j'avais hâte de commencer et de vraiment entrer en poste.

« [...] Je me préparais à une grosse campagne. J'avais fait mon discours, j'avais regardé pour faire des pancartes et des signets pour faire du porte-à-porte. J'étais vraiment à fond. Puis, finalement, on m'a téléphoné pour me dire : "Isabelle, ton adversaire s'est désisté, donc félicitations, tu es élue par acclamation et donc la nouvelle mairesse."

« C'est là que je me suis dit : OK, c'est maintenant que ça se passe, c'est là, là! »

Quelle est la réponse des citoyen.nes face à ton élection?

« La grosse majorité des gens sont très contents. Ils ont espoir, ils ont confiance en moi, ils sont contents de voir la jeunesse justement qui prend le relais. Aussi, on est un petit milieu, donc la majorité des gens me connaissent, ils sont contents de voir que c'est moi qui suis en place.

« Il y a quelques personnes qui sont plus réticentes. J'ai eu des commentaires de gens un peu plus réticents, mais ça a toujours été fait dans le respect.

« Les gens avaient des inquiétudes du genre : "C'est une femme, elle est jeune, ça s'est fait vite, est-ce qu'elle a les compétences, on a de la misère à le croire..."

« Mais en même temps, c'est des questionnements qui sont légitimes je crois, parce que oui effectivement, c'est vrai que je suis jeune, non je n'ai pas d'expérience politique avant, mais c'est toute des choses qui se développent et j'ai vraiment confiance que ça va bien se passer. »

As-tu l'impression de devoir te prouver encore plus?

« Je dirais que oui, parce que ça donne l'impression d'être obligé de travailler plus fort et de faire attention de ne pas faire de faux pas. C'est comme si j'avais quelque chose au-dessus de la tête qui attendait juste que je me trompe ou que je me plante pour dire : "On l'avait dit qu'elle avait pas d'expérience, et qu'elle allait se planter."

« Ça donne cette pression, mais en même temps j'ai assez confiance en moi et aux gens qui m'entourent pour que ça ne m'empêche pas de dormir le soir.

« Donc, c'est mitigé! Oui, je pense qu'il faut que je me prouve un peu plus, mais j'ai pas de fortes inquiétudes à ce niveau-là et je sais que je vais y arriver.

« Si on prétend que je n'ai pas l'expérience, moi je sais que j'ai au moins les bonnes qualités pour arriver à quelque chose. Si on pense à la mobilisation des gens, je suis présente dans la communauté, j'ai beaucoup d'entregent, j'ai un bon travail d'équipe, je suis à l'écoute des gens. C'est toutes des qualités qui font de moi un bon leader. Je vais faire des faux pas, ça va arriver, mais je pense avoir les qualités pour au moins bien starter et réussir à plusieurs endroits. »

Quels sont tes objectifs pour la ville de Chapais?

« Le premier c'est d'assurer une continuité des projets qui sont déjà en cours. Nous on est beaucoup axé ces temps-ci sur le développement de la ville parce qu'on est une ville avec beaucoup de potentiel, donc je mets beaucoup d'accent là-dessus. Je veux que ça se poursuivre, je veux qu'on fasse en sorte que notre communauté soit bien et soit fière de notre ville, mais également que les gens soient portés à vouloir venir habiter ici en région.

« Il y a beaucoup de place à l'entrepreneuriat, donc n'importe qui pourrait arriver ici et trouver sa place dans Chapais en voulant se lancer dans de nouveaux projets

« Ce qui est très important aussi, c'est que les gens puissent avoir une voix et que cette voix-là soit entendue. Donc j'ai beaucoup porté ma courte campagne sur l'accessibilité avec les gens, la disponibilité et la concertation avec les gens.

« Tu sais dans une ville comme ça, des fois, on a l'impression que le maire c'est le big boss, mais en fait c'est l'inverse. C'est la communauté, c'est les citoyens qui sont les maîtres de la municipalité. On veut travailler pour eux, pour que les gens soient bien, pour que les gens soient heureux et pour que les gens aient envie aussi de s'impliquer.

« Pour moi, je veux que ce soit quelque chose qui soit mis de plus en plus de l'avant. »

As-tu un autre emploi ou vas-tu te consacrer entièrement à la mairie?

Avant de se présenter aux élections, Isabelle Lessard venait effectivement de terminer sa formation comme massothérapeute, en plus de travailler à temps plein comme intervenante auprès des personnes âgées.

« Quand j'ai su que j'avais été élue à la mairie, j'ai pris la décision de quitter mon emploi [...] parce que je veux me concentrer beaucoup plus sur la mairie. J'ai beaucoup de choses à apprendre, il y a beaucoup de choses qui s'en viennent, donc je veux vraiment faire de mon mieux pour donner mon 100 %. »

Quel est le conseil que tu donnerais à ceux et celles qui voudraient se lancer en politique?

« Avant ma première journée, j'étais très stressée, j'avais beaucoup de doutes, je me demandais comment j'allais être accueillie, comment les gens allaient le percevoir, et ça allait être quoi la dynamique? Pis de mon expérience, jusqu'à présent, ça a super bien été, mon équipe est contente que je sois là, ça se passe très bien.

« Donc, le conseil que j'aurais à donner, c'est de ne pas avoir peur d'oser aller de l'avant. Parce qu'au final, on est le changement », a affirmé avec passion la mairesse.

Cet entretien a été modifié et condensé afin de le rendre plus clair.

À noter que l'écriture inclusive est utilisée pour la rédaction de nos articles. Pour en apprendre plus sur le sujet, tu peux consulter la page de l'OQLF.

Une semaine après les élections municipales au Québec, la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier a annoncé, ce 14 novembre, qu'elle baissera son salaire de 65 000 $ par année.

De passage sur le plateau de Tout le monde en parle, la femme de 29 ans à la tête de la mairie a précisé à l'animateur Guy A. Lepage que la diminution de son salaire sera même l'une des premières choses qu'elle souhaitait faire lors de la première séance du conseil de ville, le 23 novembre prochain.

Continuer à lire Show less

Le portrait de la politique municipale aura bien changé en 2021 alors que ce sont cinq des dix grandes villes du Québec qui ont élu des femmes au poste de mairesse lors des élections du 7 novembre. Le total de mairesses dans la province se dirige vers un nombre record.

D'après les chiffres provisoires du ministère des Affaires municipales, ce sont 247 femmes qui auraient été élues, en 2021, à la tête d'une municipalité au Québec jusqu'à maintenant.

Continuer à lire Show less

En vue des élections municipales 2021, les trois principaux candidat.es à la mairie de Montréal, soit Balarama Holness, Denis Coderre et Valérie Plante, étaient réunis ce 21 octobre sur le plateau de LCN pour le Face-à-Face Montréal 2021.

Si, comme dans tout débat électoral, le ton a haussé à quelques reprises et les attaques ont fusé d'un bord comme de l'autre, c'est un commentaire de Denis Coderre à l'égard de la mairesse sortante qui a fait le plus réagir sur les réseaux sociaux.

Continuer à lire Show less