Cette brasseuse de Québec s'ouvre sur la place des femmes dans l'univers de la bière

« Je me suis déjà fait dire que je brassais de la confiture dans mes chaudrons. »

Journaliste nouvelles, Narcity Québec
Catherine Dionne-Foster, brasseuse de bière.

Catherine Dionne-Foster, brasseuse de bière.

Guillaume D. Cyr | Courtoisie La Korrigane

Bien que l’expression du genre se traduise maintenant le long d’un spectre, les stéréotypes entre le féminin et le masculin demeurent. Dans le cadre d’une série de portraits, Féminin · · · Masculin veut faire rayonner des personnalités québécoises féminines qui, chaque jour, se démarquent avec succès dans leur domaine, qui dépassent les limites et qui fracassent le plafond de verre tout en défiant les normes de genre.

Peu de femmes au Québec peuvent se targuer de brasser de la bière. Le milieu de la brassiculture est, encore aujourd'hui, largement occupé par des hommes. Il n'en reste pas moins que lorsqu'une femme rejoint les rangs, elle se fait accueillir à bras ouvert, mais les nouvelles recrues ne font pas la file au pas de la porte. Narcity s'est entretenu avec Catherine Dionne-Foster, brasseuse de bière, afin d'en savoir un peu plus sur son parcours, ses projets et le fait d'être une femme dans le fameux « monde de la bière ».

Rien ne laissait présager que Catherine Dionne-Foster allait un jour posséder sa propre brasserie en plein coeur du quartier Saint-Roch à Québec. Durant son enfance, le père de Catherine, grand amateur de bière et bricoleur invétéré, expérimente diverses recettes à la maison. Il n'en faudra pas plus pour inspirer la Saguenéenne qui après avoir travaillé dans les mines comme géologue pour une multinationale au nord du Québec décide de quitter son travail pour se lancer en affaires. Avec ambition et détermination et armée d'un livre de recettes déjà bien rempli et testé par le patriarche de la famille, la jeune femme devient, deux ans plus tard en 2010, propriétaire de la brasserie artisanale La Korrigane. Cela fait maintenant onze ans que l'institution ouvre ses portes à une clientèle fidèle et aux amateur.trices de bières québécoises.

Cette brasseuse de Québec s’ouvre sur la place des femmes dans l’univers de la bièrewww.youtube.com

Qu’est-ce qui vous a poussé à entrer dans l’univers de la brassiculture?

« En fait c'est tout l'univers de l'agroalimentaire qui me passionne. La transformation alimentaire, l'agriculture, mais surtout dans des pratiques artisanales, dans de petites entreprises familiales ou plus à échelle humaine [...] Avoir des pratiques plus axées sur le respect de l'environnement [...], éviter le gaspillage alimentaire. C'est quelque chose qui me passionne depuis vraiment longtemps.

« Vu que mon père était dans le milieu brassicole, j'ai décidé de me lancer là-dedans parce que je pouvais bénéficier de tout son savoir. Il m'a transmis des recettes qu'il avait peaufinées au fil des ans...Ç'a été une belle aventure. Ça fait maintenant onze ans qu'on a démarré le projet et ça fonctionne bien. »

En tant que femme dans un domaine dans lequel il y a encore beaucoup d'hommes, est-ce que vous avez eu à subir ou rencontrer des stéréotypes de genre durant votre parcours?

« Oui et non. Parce que oui, j’ai vraiment eu un super bel accueil de plusieurs comparses masculins dans le milieu brassicole. On a fait de belles collaborations, on a brassé des bières ensemble, on a échangé des connaissances, on a eu beaucoup de plaisir [...] puis de beaux partenariats. Mais c’est sûr que ce n'est pas toujours comme ça. Je vous dirais que parfois c’est plus au niveau de la population en général.

« Oui, ça peut être perçu par plusieurs comme étant un ''métier d’hommes '', donc des fois on a droit à certains commentaires ou des regards un peu étranges je dirais. Mais bon, on s’y fait avec le temps, puis de plus en plus il y en a des femmes dans le milieu de la bière au Québec. C’est sûr que si je compare avec la France, il y en a pas mal moins qui occupent des emplois en production au Québec par rapport à la France, mais on gagne du terrain. J’espère que ça va juste continuer comme ça pour les années à venir.

« Par exemple, je me suis déjà fait dire que je brassais de la confiture dans mes chaudrons!

« Ce qui est médiatisé et sur les réseaux sociaux, c’est beaucoup des hommes barbus, costauds, avec des tattoos, la tuque sur la tête [...] C’est rare que les médias vont représenter les brasseuses finalement [...] On va plus les voir en tant que serveuses de bières qui vont présenter la bière plutôt que la fabriquer. Alors, oui je pense qu’il y a encore du chemin à faire pour briser ces stéréotypes-là. »

Est-ce que vous sentez que vous devez vous prouver davantage que les hommes dans le milieu?

« Oui, mais je pense que ce n’est pas nécessairement le milieu ou une question d’homme ou de femme. Je suis à la base quelqu’un qui est très perfectionniste. [...] Je veux performer dans tout ce que je fais. J’ai toujours été comme ça. Alors, je pense que la pression, je me la mets moi-même plus que le milieu ou le regard des autres. »

Est-ce que vous avez vu une progression dans le nombre de femmes dans le domaine de la bière?

« Non, ça arrive vraiment au compte-goutte, je dirais. Il y en a tellement peu que quand il y en a, tout de suite on les connait, on sait où elles sont, dans quelle microbrasserie [...] C'est en fait principalement au brassage, car en production de bière il y a différents emplois, mais des brasseuses ou maîtres brasseuses, il y en a très peu. »

Qu'est-ce que vous diriez à une jeune fille qui désire se lancer dans le milieu?

« Je lui dirais : Go, fonce! [...] C'est vraiment quelque chose qui est passionnant et qui est tout à fait faisable et réaliste. On arrive aussi à adapter notre environnement de travail selon nos capacités parce que c'est sur que c'est un métier qui est quand même assez physique. J'ai développé des trucs et je ne me suis jamais blessée en brassant la bière. »

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans votre parcours?

« De faire face à un contexte pandémique? Oui, c’est ça qui a vraiment été le plus dure. On n'aurait jamais pensé que quelque chose comme ça nous arriverait. C’est sûr que quand on fait notre plan d’affaires, au moment du prédémarage, on essaie d’anticiper le risque et les défis auxquels on va faire face, mais une pandémie ce n’était pas dans l’équation. Donc, oui ça, ça été très difficile… ça l’est encore. »

A contrario, qu'est-ce qui vous rend le plus fière?

« C'est quand je prends le temps de m'arrêter et que je m'assois au pub dans un moment où c'est bien achalandé, où il y a de l'ambiance, où c'est festif. [...] Quand je m'assois et que je vois tout ce beau monde-là qui a du plaisir, qui ont tous le sourire aux lèvres et qui apprécient l'expérience et les produits. C'est vraiment ça qui me rend le plus fière. »

D'où vient le nom « La Korrigane »?

« La Korrigane c'est un bateau d'exploration quand même assez connu, qui a fait le tour du monde dans les années 30. Il y avait à son bord cinq jeunes bretons qui étaient passionnés d'aventure [...] »

« C'est mon père qui avait choisi le nom lorsqu'il avait sa microbrasserie dans un restaurant au Saguenay. [...] Il avait été vraiment inspiré par l'expédition de la Korrigane, le voyage... »

« Un korrigan ou une korrigane c'est un personnage de contes et légendes bretonnes. À partir de ça, nous avons nommé les bières en utilisant des noms de ce folklore. »

Quelle est votre bière préférée?

« Je n'ai pas une bière préférée en particulier. Ça dépend du moment, de la saison, de mon humeur. [...] Présentement, c'est l'hiver il fait froid [...] je me sens un peu plus relax, cocooning... alors j'irais pour une bonne Malgven qui est vraiment très riche en termes de goût, mais qui, en même temps, a une bonne buvabilité. »

Quels sont vos projets futurs?

« On aimerait faire des produits alimentaires à base de bière, donc par exemple des pâtisseries.

« Aussi, on sait que l'industrie brassicole génère énormément de drêche (sorte de résidu de céréales). Beaucoup de ces résidus finissent par être donnés à des agriculteur.trices pour nourrir les animaux, au compost ou au déchet [...] On (La Korrigane) trouve ça encore plus intéressant d'utiliser ce résidu dans l'alimentation humaine. On travaille, présentement à développer différents produits à base de drêche qu'on va éventuellement commercialiser. »

Cet entretien a été édité et condensé afin de le rendre plus clair.

À noter que l'écriture inclusive est utilisée pour la rédaction de nos articles. Pour en apprendre plus sur le sujet, tu peux consulter la page du gouvernement du Canada.

Françoise Goulet-Pelletier
Journaliste nouvelles, Narcity Québec
Françoise Goulet-Pelletier est rédactrice chez Narcity Québec. Elle se concentre sur les choses à faire et les restos dans la province, et réside à Montréal.
Loading...