Daphnée Malboeuf s'ouvre sur son parcours fulgurant comme journaliste sportive au Québec

« Il y en a des femmes compétentes, il faut juste leur laisser une chance. »

Daphnée Malboeuf s'ouvre sur son parcours fulgurant comme journaliste sportive au Québec

Bien que l’expression du genre se traduise maintenant le long d’un spectre, les stéréotypes entre le féminin et le masculin demeurent. Dans le cadre d’une série de portraits, Féminin · · · Masculin veut faire rayonner des personnalités québécoises féminines qui, chaque jour, se démarquent avec succès dans leur domaine, qui dépassent les limites et qui fracassent le plafond de verre tout en défiant les normes de genre.

Journaliste sportive. C'est la réponse que Daphnée Malboeuf a toujours donnée quand on lui demandait, alors qu'elle était encore enfant, quel métier elle voudrait faire plus tard. Aujourd'hui, âgée de 27 ans, elle est une des voix féminines de l'actualité sportive et coanime l'émission Les 3 étoiles sur la chaîne télévisée RDS.

Daphnée Malboeuf a une vie professionnelle bien remplie. Elle a d'abord été diplômée d'un baccalauréat en journalisme à l'UQAM en 2016, elle a ensuite travaillé en tant que journaliste recherchiste à la radio 91.9 Sports et a été promue productrice de contenu au bout d'un an dans la même radio. Mais, la jeune Montréalaise n'en démord pas. Ce qu'elle aime, c'est le terrain. Donc, elle continue de couvrir les matchs du Canadien les soirs de semaine et elle travaille les week-ends. Cet acharnement la mènera à une offre d'emploi à La Presse canadienne, où elle restera près de quatre ans. Elle fera ensuite un bref passage en tant que journaliste au pupitre pour le journal La Presse avant de saisir une opportunité professionnelle impossible à négliger, être journaliste à la télévision pour RDS.

Le milieu du sport étant majoritairement masculin, celle qui a souvent été nommée comme la relève de Chantale Machabée s'est confiée sur son parcours fulgurant en tant que journaliste sportive et ce que ça implique d'être une femme dans ce domaine.

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Qu'est-ce qui a été le plus difficile dans ton parcours?

« Le journalisme sportif à la base, que tu sois une femme ou pas, quand tu arrives dans le milieu, c'est devoir prouver, acquérir ta notoriété. Quand tu es jeune, c'est déjà quelque chose, mais je pense qu'en étant une femme aussi c'est plus facile de remettre en question ce qu'on va dire, les opinions qu'on émet. Les gens, malheureusement, ont encore cette opinion-là de dire que quand on est une femme on ne connaît rien de rien au sport.

« Ça a été vraiment difficile de devoir m'affirmer, de devoir vivre cette pression-là en plus de la pression que moi je me mettais [...] de chasser un peu ce sentiment d'imposteur là, qui est, pour être honnête, encore là aujourd'hui. Ça fait cinq ans que je suis dans le milieu, c'est quand même difficile de passer par-dessus ça, de juste gagner de la confiance en soi, de croire en ses moyens. »

Quels sont les risques et sacrifices que tu as dû oser prendre pour en arriver où tu es?

« Il y a beaucoup de risques, de sacrifices. Je pense qu'il n’y a personne qui fait ce métier sans prendre de risque à la base. [...] Il est arrivé une offre d'emploi à La Presse canadienne, au sport, et puis c'était le genre d'endroits où ça prend énormément. Je voyais ça comme une opportunité, une espèce de tremplin aussi pour ma carrière, puis je me disais j'aime ce que je fais ici à la radio 91.9 Sports. J'étais vraiment déchirée, mais j'avais vraiment ce désir-là de m'accomplir en tant que journaliste. [...|

« Puis j'ai tenté ma chance et j'ai eu l'emploi. C'était un choix déchirant de quitter ce que j'avais à la radio pour aller à un emploi où j'allais être surnuméraire, donc pas de garantie de quart de travail [...] Malheureusement en tant que femme on se sous-estime souvent. [...] Aujourd'hui je suis vraiment énormément satisfaite d'avoir fait ces choix-là, tous ces sacrifices, parce que ce sont des sacrifices financiers, personnels. Quand j'étais à La Presse canadienne, je travaillais les soirs les week-ends jusqu'à deux heures du matin. C'est de sacrifier aussi sa vie personnelle, sa vie sociale, mais force est d'admettre que ça valait vraiment la peine. »

Quelles ont été la réaction du public et celle des gens du milieu quand tu as annoncé que tu seras journaliste sportive?

« Ça fait vraiment longtemps que je dis que je veux faire ça dans la vie. [...] J'ai toujours eu des parents qui m'encourageaient à faire ce que j'aimais, mais ça n’a pas toujours été facile. Dans le sens où, mettons mon papa était un peu plus inquiet quand je suis arrivée avec un DEC [diplôme d'études collégiales] en communication profil journalisme puis lui disant que je voulais arriver à faire un bac en journalisme après. Je pense qu'il regardait les taux de placement, et c'est ça qui l'insécurisait beaucoup. Mais j'ai toujours eu cette attitude-là : "non non je vais réussir, je vais travailler fort pour m'y rendre et accéder à ce que j'ai toujours voulu faire" [...] Aujourd'hui je pense qu'il n'y a pas quelqu'un de plus fier que mon père, en disant "ben oui Daphnée Malboeuf c'est ma fille".

« Dans le milieu, j'ai toujours été bien accueillie, autant à l'université quand je suis arrivée, moi j'avais déjà établi que je voulais être journaliste sportive. C'est drôle parce qu'il y avait comme un garçon dans ma cohorte qui voulait être journaliste sportif, mais c'était pas mal ça, on était que deux, fait qu'on ne se marchait pas trop sur les pieds non plus.

« J'ai toujours eu des gens aux alentours de moi, qui ont cru en moi, qui croyaient aussi que j'avais les compétences pour faire ce métier-là et ça m'a vraiment aidé. [...] Ça a juste été facile avec les collègues dès le départ, je n’ai jamais senti que les collègues me sous-estimaient parce que j'étais une femme. »

En prenant un pied de recul, qu’est-ce qui te rend le plus fière de ta carrière jusqu’à maintenant?

« Ce qui me rend le plus fière de ma carrière jusqu'à maintenant c'est d'avoir toujours cru à ce rêve-là, d'avoir mis les efforts pour accéder à tout ce que j'ai fait jusqu'à présent. [...] D'avoir suivi mon intuition, de ne pas avoir eu peur de prendre les risques, même si j'ai eu peur de prendre des risques je les ai pris quand même. [...] C'est drôle parce que les athlètes disent tout le temps ça "Never too high, never too low " puis c'est vraiment ça. »

Comment les doubles standards dans le monde du sport se traduisent-ils?

« Il y en a beaucoup. Mais, je pense que le plus frustrant pour moi ce serait de ne pas pouvoir créer de relation avec les athlètes comme je le voudrais, parce qu'en ce moment, je fais beaucoup d'entrevue avec des joueurs du Rocket, dont la plupart ont mon âge ou plus jeune. Pour les collègues masculins développer une relation avec les gars c'est pas un problème, de faire une entrevue avec la personne puis de le texter après, pour nous ce n’est pas possible.

« Il y a beaucoup de journalistes masculins qui développent des relations privilégiées avec des athlètes, puis ça leur sert tout au long de la carrière de l'athlète. [...] D'avoir un lien personnel ça permet d'avoir des discussions off the record qui vont t'aider à peut-être mieux comprendre le contexte dans lequel évolue l'athlète. Nous, c'est toujours extrêmement touchy parce que tu ne veux pas faire la mauvaise chose, tu ne veux pas qu'on pense qu'on fait des avances, tu ne veux pas justement laisser la porte ouverte aux avances. Une réputation tu en as qu'une seule et tu ne peux pas contrôler le message qui se dit de l'autre côté. Je trouve ça extrêmement décevant parce que dans la vie j'ai beaucoup d'amis garçons.

« Un Phillip Danault qui était super sympathique dans le vestiaire, je ne me permettais pas, puis surtout étant au début de ma carrière, d'aller juste le voir puis faire "Hey salut, comment ça va?", mais les journalistes gars, ils le font. »

As-tu eu à subir ou à contrer des stéréotypes de genre tout au long de ton parcours?

« C'est sûr qu'il va toujours rester le stéréotype de "oh tu es la femme parfaite, tu es belle, tu parles de sport, tu es drôle", mettons ça me fait bien rire les gens qui m'écrivent ça sur Instagram et je réponds "eh bien tu en parleras avec mon copain parce que je ne suis pas certaine qu'il ait la même opinion que toi "! Tu sais, je reste une personne.

« Il y a aussi toujours ce stéréotype-là de la femme trop fille peut-être? Malheureusement aux États-Unis il y a des chaînes comme Fox Sports, qui n’engagent pas nécessairement les femmes les plus compétentes, mais les femmes qui sont cute. Je ne veux pas me mettre les pieds dans les plats, mais on dirait que des fois ça nous nuit. Ça envoie le mauvais message. [...] Nous on se bat pour ne pas avoir cette image-là et ça la ramène. De voir des femmes très compétentes à Fox Sports, mais sur les lignes de côté d'un match de football en talon haut et en robe, pour moi on dirait que cela continue de propager ce stéréotype-là, bien qu'on ne devrait pas avoir à se préoccuper de "Je vais avoir l'air de quoi si je mets une robe et des talons".

« C'est drôle parce que moi aux 3 étoiles, la saison dernière, je m'étais dis c'est sûr que je me mettrais jamais en robe, jamais en jupe, parce que je ne veux pas alimenter ce stéréotype-là et j'ai eu une discussion fort intéressante avec notre maquilleuse qui m'a dit "Mais pourquoi tu t'empêcherais de cela?". Puis, j'ai eu une discussion avec quelqu'un qui fait des études féministes qui me disait "ben c'est comme si toi tu veux tellement pas alimenter ce stéréotype-là que tu mets de côté ta féminité pour être capable de te faire accepter". En même temps, je suis vraiment comme ça dans la vie, je sors pas beaucoup de robe, de jupe, c'est moi. [...]

« Dans l'oeil des gens, je ne veux pas être la belle fille qui parle de sport. Je veux que les gens m'aiment pour la pertinence de mes propos et de mon contenu. Et c'est drôle parce qu'à la fin de la saison, la dernière de la saison, je me suis mis une robe et pour moi c'était comme un statement! Bien que, pour vrai, il n'y a personne qui en a fait mention. »

Comment fais-tu pour t’assurer de l’équité salariale lors de tes contrats?

« Je ne me suis jamais enquis de ça, d'ailleurs j'ai maintenant une agence parce que, ça là dans la vie, négocier des contrats, non non c'est vraiment pas ma tasse de thé. [...] En étant quand même débutante, ça fait cinq ans que je suis dans le milieu, mais ce n’est rien comparativement à tous mes collègues qui sont là depuis des années et des années, on dirait dans ma tête je suis comme "ah je n’ai pas le gros bout du bâton" donc je prends ce qu'on m'offre ou comme je fais beaucoup de pige, j'établis déjà mon salaire horaire, mais je t'avoue que je ne me suis jamais enquis de l'équité salariale. J'espère que c'est le cas. Mettons aux 3 étoiles, malgré le fait que je n’ai vraiment pas beaucoup d'expérience comparée à Olivier et Meeker je crois qu'on est payé de façon équitable parce qu'on est trois coanimateurs.

« En même temps, je pense que les garçons ont plus de facilité à négocier, à demander puis à acquérir ce qu'ils veulent plus que nous, mais c'est le rôle d'une femme d'être gênée de demander quoi que ce soit, de pas vouloir s'imposer, de pas vouloir déranger. [...] Tu sais, moi on me donne une job là, je ferme ma gu*eule puis c'est ça pareil là. [...] Puis aussi, je suis arrivée sur le marché du travail j'étais comme "ben voyons il n'y a jamais personne qui m'a appris à négocier un contrat, je le sais-tu moi?" »

Qu’est-ce que tu dirais à une jeune fille qui voudrait faire le même métier que toi?

« Il y en a des femmes compétentes, il faut juste leur laisser une chance. Il faut les entourer, les encourager à prendre des risques, à aller de l'avant avec leurs rêves, leurs intuitions. Je pense que c'est ça qui manque pour avoir plus de femmes dans le paysage médiatique sportif, quoiqu'on a fait quand même beaucoup de chemin et je suis fière de faire partie de ces femmes-là.

« [...] J'ai vraiment envie de tendre la main aux jeunes filles qui veulent faire ce métier-là [...] qu'on se tienne un peu les coudes parce qu'il n’y a pas beaucoup de gens qui comprennent ce qu'on vit, c'est un milieu particulier à la base, mais en étant une femme, on a aussi une expérience différente. [...] Si j'avais un conseil à donner aux filles qui veulent faire ce métier-là c'est juste fonce, arrête de te poser des questions, ça va bien aller, c'est juste une question de travail. Travaille, montre que tu veux ça d'arrache-pied et les choses vont se placer. Fais confiance aussi des fois à la vie. Des fois, il y a des refus qui arrivent, puis je sais à quel point ça peut être brise-coeur, mais regarde-moi, j'ai eu un refus à RDS il y a deux ans et demi, puis c'était juste pour mieux revenir. La vie fait bien les choses. »

Quels sont tes projets pour le futur?

« Bien que ma carrière est quand même, assez étonnamment, bien remplie jusqu'à présent, je pense qu'il y a encore beaucoup de choses que j'aimerais accomplir. Ce que j'aime vraiment dans mon métier c'est l'humain derrière l'athlète, l'humain derrière l'entraîneur. J'ai l'occasion avec les entrevues que je fais au Rocket à RDS de creuser un peu plus loin, d'aller en profondeur.

« [...] J'aimerais vraiment ça poursuivre dans cette veine-là. J'ai fait un podcast avec mon ami Maxime Van Houtte [...] et c'est vraiment des histoires d'anciens athlètes ou des athlètes d'en ce moment, des histoires de résilience, de détermination, puis je pense que c'est vraiment ça qui m'allume, dans mon métier. [...] Aussi, aborder des sujets un peu plus tabou dans le sport comme la santé mentale, la communauté LGBTQ+, la diversité, le manque criant de diversité surtout au hockey malheureusement. J'ai envie d'utiliser mon expérience en tant que femme aussi pour démystifier ce qu'il se passe, j'ai vraiment à coeur de faire des projets qui m'allument, qui me ressemblent. »


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