La gameuse et ingénieure Madame Zoum s'ouvre sur les doubles standards dans son métier

« Au début, je me faisais […] envoyer des commentaires comme "Montre-moi tes seins"… »

Rédactrice senior, Narcity Québec
Madame Zoum, Valérie Vézina, gameuse et ingénieure

Bien que l’expression du genre se traduise maintenant le long d’un spectre, les stéréotypes entre le féminin et le masculin demeurent. Dans le cadre d’une série de portraits, Féminin · · · Masculin veut faire rayonner des personnalités québécoises féminines qui, chaque jour, se démarquent avec succès dans leur domaine, qui dépassent les limites et qui fracassent le plafond de verre tout en défiant les normes de genre.

Si la candidate de Big Brother Célébrités Stéphanie Harvey est connue pour son titre de joueuse professionnelle de jeux vidéo, elle est loin d'être la seule Québécoise à briller dans le milieu du gaming, et encore moins dans l'univers du streaming. Dans le but de faire découvrir le parcours d'une femme dans un domaine largement considéré comme masculin, Narcity s'est entretenue avec la streameuse et ingénieure logiciel Madame Zoum.

Valérie Vézina, de son vrai nom, brise les stéréotypes de genre au quotidien en travaillant comme gestionnaire d'une équipe de développement Web chez Bell de jour, puis comme une adepte de jeux vidéo avec près de 67 000 abonné.es sur Twitch en soirée.

Ça fait maintenant près de sept ans qu'elle combine ses plus grandes passions et elle nous partage tout de son succès, en passant par les difficultés et les préjugés auxquels elle a fait face. Madame Zoum se confie également sur son quotidien dans ses deux professions et l'impact qu'a le fait d'être une femme dans un secteur où les hommes sont encore majoritaires.

La gameuse et ingénieure Madame Zoum s’ouvre sur les doubles standards dans son métier

D’où vient le nom Madame Zoum?

« C'est assez cocasse […]. Avant, il y avait un site Radio-Canada pour les jeunes. Il y avait un concours pour nommer la mascotte puis j’avais décidé de l’appeler Zoum parce que je ne savais pas comment écrire zoom.

« J’ai décidé de m’appeler de même partout […]. Éventuellement, quand j’ai voulu commencer à streamer, j’ai décidé de m’appeler Madame Zoum parce que […] je voulais aussi que les gens sachent que j’étais une fille juste par mon nom. »

Est-ce que tu gagnes des sous en jouant aux jeux vidéo sur Twitch?

« Il y a un système d’abonnements sur Twitch, fait qu’il y a des gens qui s’abonnent. Il y a plein de tarifs différents par mois. Le plus bas, je pense que c’est 8 $ par mois. Ça donne accès à des petites émoticônes personnalisées à ma chaîne puis plein de petits avantages.

« Il y a aussi des gens qui donnent en plus de ça […], juste pour le fun souvent ou quand il se passe quelque chose de nice sur le stream.

« Aussi, avec Twitch, j'ai beaucoup de compagnies qui m’approchent. La plus récente [collaboration] que j’ai faite, c’est avec le ministère du Travail. On a fait une campagne justement pour parler des métiers en TI pour encourager les jeunes à aller là-dedans.

« Ça rejoignait autant ma job de jour que mon passe-temps qui est aussi lucratif le soir. »

Est-ce que Twitch prend une part des revenus d’abonnement?

« Twitch, c’est la plateforme qui garde le plus de pourcentage de toutes les plateformes. […] Quand quelqu’un s’abonne, ça lui coûte 8 $ avec les taxes, Twitch, après les taxes se prend un 50 %, puis moi il me reste le reste. Je peux faire peut-être 3,50 $. […] Il me reste beaucoup moins que ce que la personne a payé sur Twitch. »

Qu’est-ce qui te rend la plus fière dans ta carrière jusqu’à maintenant?

« Quand j’ai commencé à streamer, des filles il n’y en avait pas tant que ça, puis je suis vraiment fière d’avoir réussi à développer une communauté quand même assez rapidement.

« Je suis vraiment fière de me logger le soir, d’avoir plein de gens qui m’écoutent, plein de gens qui partagent les mêmes passions que moi, les mêmes intérêts, avec qui parler. »

Qu'est-ce qui a été le plus difficile dans ton parcours?

« Je pense que c'est un peu la même chose, de se faire une place dans ce qu’on appelle le Twitch game. C’est beaucoup un milieu d’hommes, de gamers.

« D’arriver en tant que fille, puis d’arriver avec du contenu qui ne va pas chercher nécessairement les hommes… Ce que je veux dire par là, c'est que souvent les filles qui allaient sur Twitch se montraient beaucoup pour attirer justement les hommes, plus sexuellement parlant.

« Je propose vraiment quelque chose de différent de ça. Mon contenu, ça rejoint tout le monde […]. C'est quelque chose que je suis fière d’avoir fait, mais qui a vraiment été difficile.

« Souvent, quand une fille arrive sur Twitch, soit qu’on assume qu’elle n’est pas bonne aux jeux vidéo, soit qu’on assume qu’elle est là juste pour se faire de l’argent.

« Ça a été […] de me faire une réputation qui est aussi bonne qu’un autre gars streamer. »

Comment les doubles standards dans le monde des jeux vidéo se traduisent-ils?

« Ça devient de moins en moins vrai parce qu'on est de plus en plus de filles sur [Twitch], mais au début je me faisais tout le temps [envoyer] des commentaires comme "Montre-moi tes seins", plein d’affaires [comme ça].

« Mettons que je parlais d’un jeu que j’aimais, il y avait tout le temps des commentaires comme "Ah, aimes-tu vraiment ça? Prouve-moi que t’aimes ça."

« Dans les collaborations avec les autres streamers, souvent quand il y a un jeu qui sort [comme Call of Duty], ils vont se faire des collaborations ensemble. C’était difficile au début de me prouver pour démontrer que j’étais bonne autant qu’eux pour faire des collabs avec eux. »

Est-ce que tu as fait face aux mêmes stéréotypes dans le milieu du développement Web?

« En logiciel […], je le vivais dans l’autre sens un peu. J'avais eu de la facilité à me trouver un stage, puis il y avait eu de mes collègues à l’université qui étaient comme "On sait bien, toi c’est juste parce que t’es une fille que t’as été capable de te trouver un stage." Des commentaires comme ça, j’en ai vécu souvent.

« À l’école […], je me faisais mettre plus comme la secrétaire de l’équipe par défaut parce que j’étais une fille. Sur le coup, on dirait que ça ne me dérangeait pas, mais maintenant que j’y repense, ça me mettait quand même dans une situation désavantageuse où les autres gars pouvaient pratiquer leur programmation mieux que moi et moi je faisais les tâches plus administratives.

« Oui j’ai eu le même parcours qu’eux, mais au final je passais plus de temps à écrire, à corriger des textes, à repasser sur la mise en page et tout ça que de me pratiquer à apprendre ce que j’étais là pour apprendre. »

Comment fais-tu pour t’assurer de l’équité salariale dans le cadre de ton emploi?

« Je travaille dans une grosse compagnie, je travaille chez Bell puis on n’a pas de visibilité sur les salaires des autres, sur les braquettes salariales. Honnêtement, je n'ai aucune idée de combien les gens gagnent.

« Tout ce que je sais, c’est que je regarde, admettons, un salaire moyen d’un ingénieur sur Google par rapport à son nombre d’années puis je trouve que ça fit.

« J'assume que les ressources humaines font en sorte que nos salaires ne sont pas par rapport à nos genres et tout ça, mais honnêtement j’ai aucune idée. »

Quels sont les risques et sacrifices que tu as dû oser prendre pour en arriver où tu es?

« J’ai vraiment sacrifié beaucoup de choses, dans le sens où tout mon temps libre je le mettais là-dedans […]. Je suis toujours en train de travailler pour trouver du nouveau contenu ou des nouvelles idées pour ramener du monde sur ma chaîne parce que je ne peux pas juste ouvrir mon live puis avoir du succès […]. Il faut que j’aille chercher les gens.

« Il y a aussi tout l'aspect de risque pour le milieu ingénieur. Quand j’étais jeune, on me disait souvent "Tu n’es pas super bonne en math, ne va pas en ingénierie, ce sont juste des gars, c’est macho." C’était toute cette crainte-là générée par l’entourage puis finalement […], c’était vraiment moins pire qu’on m’avait dit. »

Quelle est la réaction du public VS celle des gens du milieu face à ce que tu fais?

« Dans ma famille, dans mon entourage, ce n’était pas très bien vu de gamer en général.

« Quand j'ai commencé justement à avoir des contrats avec le gouvernement, avec Vachon, avec des compagnies quand même renommées au Québec, là mon entourage était comme "Okay, finalement peut-être que ça vaut la peine!"

« Sur Twitch au Québec, j'ai toujours été bien accueillie en général par les autres streamers et aussi par les viewers. Les gens aiment ça, je propose du contenu différent fait que j’ai toujours des bons commentaires. »

Quels conseils donnerais-tu à celles qui voudraient percer dans un domaine plus masculin?

« Je dirais de ne pas avoir peur parce qu’il y a plus de trucs qui nous rejoignent qu’on pense […]. Il y a beaucoup plus de trucs qu'on pense en ingénierie qui vont aider les autres […] que tu vas tout le temps travailler avec des gens et tout ça. C’est souvent des qualités que les femmes vont chercher dans des métiers.

« C’est le fun d’avoir une diversité et c’est le fun de voir qu’on apporte quelque chose de différent.

« Sur Twitch je dirais "Lance-toi, aie du fun." Les gens aiment nous faire peur avec ça, mais il ne faut pas avoir peur […]. Ce n’est pas parce que les femmes n’ont pas leur place, c’est juste parce que, justement, on se fait dire qu’on n’a pas notre place qu’on n’y va pas. »

Quels sont tes projets et tes ambitions pour le futur?

« Je veux continuer à streamer à fond. Je veux de plus en plus me faire connaître comme une gameuse de variété. Je me concentre beaucoup sur Twitch et tout ça, mais j’aimerais ça aussi plus au grand public, un peu comme Miss Harvey fait.

« J’aimerais ça plus élargir mes horizons, un peu comme elle a fait, pour montrer qu’il n’y a pas juste Miss Harvey comme femme qui fait du gaming. On est plein, puis j'aimerais pouvoir amener cette visibilité-là au grand public. »

Cet entretien a été édité et condensé afin de le rendre plus clair.

À noter que l'écriture inclusive est utilisée pour la rédaction de nos articles. Pour en apprendre plus sur le sujet, tu peux consulter la page de l'OQLF.

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