Le problème est souligné depuis le début de la crise sanitaire au Québec : le confinement peut avoir des effets négatifs sur la santé mentale des Québécois. Et ce n’est pas tout le monde qui sait quand il devrait avoir recours à de l'aide d'un spécialiste.

Avec le drame survenu à Québec le week-end dernier, alors qu’un homme a assassiné deux personnes à l’aide d’un sabre japonais, l’enjeu de la santé mentale est revenu sur la table.

Le gouvernement a d’ailleurs annoncé des investissements en santé mentale représentant des centaines de millions de dollars.

Narcity s’est entretenu avec la Dre Aglaé Lemarchand, psychologue dans la région de Trois-Rivières qui, elle, affirme qu’il y a « beaucoup de progrès à faire ».

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Pourquoi les problèmes de santé mentale sont-ils stigmatisés, même en 2020 ?

« Il y a eu une espèce de culture de la vie parfaite, d’être au top dans toutes les différentes sphères de notre vie, affirme la psychologue. Donc, avoir quelque chose qui va moins bien, un problème, c’est être confronté à l’échec. »

La Direction de santé publique de Montréal a publié en septembre dernier une analyse en lien avec la COVID-19 affirmant qu’au Québec, c’était plus d’un jeune adulte sur cinq qui considérait son état de santé mentale « comme passable ou mauvais ».

Dans le reste de la population, il est plutôt question de 13 %.

Selon Mme Lemarchand, la stigmatisation des problèmes de santé mentale provient du passé et des médias « où l’on voit tel ou tel crime » être associé à la santé mentale.

« Il y a aussi le jugement de l’entourage et de la collectivité, tout comme ressentir un sentiment de honte et de culpabilité. »

À quel moment dois-je me dire « Ok, j’ai besoin d’aide »?

« C’est le moment où je ne me sens plus fonctionnel que je n’ai plus de repères », affirme Mme Lemarchand. 

Elle ajoute que si une personne en détresse psychologique remarque qu’il y a des impacts dans son quotidien, que ce soit sur le plan personnel, professionnel ou scolaire, « c’est à ce moment que c’est important de demander de l’aide ».

« Même si ce n’est pas toujours facile », mentionne la psychologue.

En temps de pandémie, de son côté, Aglaé Lemarchand remarque auprès de sa clientèle qu’il y a des problématiques qui ne seraient « pas nécessairement présentes s’il n’y avait pas eu de COVID-19 ».

« C’est comme une perte de repère, dit-elle. Les gens vivent plus de détresses et des conditions déjà présentes chez le patient vont se dégrader [...] alors qu’ils avaient relativement une vie stable et appréciable. »  

Est-ce que je peux forcer ou encourager un proche à consulter qui en aurait besoin?

« On ne peut pas “contrôler” quelqu’un », affirme-t-elle d’entrée de jeu, même si elle reconnaît qu’une personne qui représente un danger pour elle ou autrui peut tout de même réussir à convaincre son entourage que tout va bien.

« Il n’y a pas de science exacte, concède-t-elle. Mais c’est vrai que l’entourage ressent un certain sentiment d’impuissance, puisqu’il voit leur proche se dégrader et remarque que quelque chose ne va pas. »

Mme Lemarchand souligne toutefois qu’il faut qu’il y ait une part de volonté chez la personne en détresse.

« Peut-être que le système de soin aurait intérêt à revoir leur façon de gérer les demandes et de prise en charge », avoue-t-elle.  

Faut-il absolument attendre que la personne atteigne le fond du baril ? « Oui, sans doute que ça va mobiliser plus le monde, mais il y a des gens qui ne vont pas se révéler facilement. »