Depuis l'automne 2019, une installation particulièrement inusitée dans le quartier Saint-Henri attire le regard, et pique la curiosité des Montréalais. Une petite maison rose, au sommet d'un silo de l'ancienne usine désaffectée de la Canada Malting, brille dans le ciel. 

Le petit cocon a été visité plus d'une fois : il a été peinturé en plusieurs étapes, pour qu'on ajoute ensuite de jolis rideaux verts, et même un bac à fleurs, pour rendre le tout très coquet. À l'hiver, on a même osé décorer avec un sapin de Noël. 

Mais qui a osé grimper si haut pour cette oeuvre, et quelle était l'intention de l'artiste? C'est une question que Steven Quon, l'un des propriétaires des lieux, se pose lui-même.

Alors qu'on aurait pu croire que les détenteurs du site étaient derrière l'oeuvre qui fait jaser les passants, l'homme confirme qu'il s'agit d'un acte illégal et dangereux.

Selon Quon, plusieurs personnes ont risqué leur vie pour ce projet qui représentent une grimpe d'environ 142 pieds : 

« Je vais te dire que les gens qui ont fait ça, ils sont fous. J'ai déjà monté là-bas. Les derniers 40 pieds, c'est avec une échelle, à l'extérieur, et c'est haut. Même travailler là, c’est pas évident. »

« La CSST aurait viré folle si elle avait vu quelqu'un travailler là-bas », ajoute-t-il à la blague. « Ce n'est pas acceptable et c'est dangereux. » 

L'homme explique qu'il n'y a plus d'électricité sur les lieux depuis une trentaine d'années. Pour ces raisons, aucune image n'a pu être capturée pendant le « projet déco » des artistes. 

Il présume donc que les gens qui y ont travaillé auraient grimpé avec une génératrice. 

Avec l'apparition des rideaux et du bac à fleurs sur la petite maison, plusieurs se sont demandé de quoi avait l'air l'intérieur de la propriété. Quon n'y est pas monté pour des raisons de sécurité, et ne compte pas le faire. 

Il ajoute que des équipements coûteux ont toutefois été retrouvés au cours de la dernière année : 

« Moi, je vais là deux ou trois fois par semaine. J'ai fait le tour, je ne sais pas comment c'est arrivé. C'est quelqu'un de bien équipé pour être capable de travailler dans ces hauteurs-là. [...] On a trouvé six échelles de 40-50 pieds dans la dernière année. C'est cher ça! Je ne sais pas s’ils les volent sur des chantiers, c'est des échelles à une couple de centaines de piasses. »

Aucune plainte n'a été faite aux autorités pour ces personnes aventureuses qui auraient grimpé illégalement. Le propriétaire des lieux explique qu'il ne peut pas payer un garde de sécurité 24 heures par jour, et que l'endroit est clôturé.

Il ne souhaite pas de blessure sur les lieux, mais raconte que si quelqu'un est assez téméraire pour grimper aussi haut, il ne peut prendre la responsabilité : 

« C'est pas évident d'empêcher les gens d'y accéder. On fait de notre mieux. Écoute, si tu es assez fou pour faire ça, si tu rentres illégalement faire quelque chose d'aussi stupide, c'est à tes risques. Je peux pas être responsable d'une personne aussi folle. »

Même s'il ne tient pas à traquer l'artiste, Quon confie qu'il est, comme les Montéalais, également fasciné par le tout : 

« C'est unique, oui. Ça ajoute de l'intrigue dans le quartier...Mais à part être beau, c'est pas une amélioration qui va donner plus de valeur à la bâtisse. »

Abandonné depuis des années, le propriétaire raconte qu'il aimerait bien que ce terrain — qui représente « une perte de 120 000 $ par année pour un endroit sans revenu » — soit développé pour un projet.

« J'aimerais que ce soit développé en projet. Ça fait quinze ans que je travaille avec la ville pour ça. C'est difficile, il y a des situations de zonage avec la ville, et moi je suis en cour. Peut-être le vendre. On paye beaucoup en taxes, et on n'utilise pas l'endroit. » 

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