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Un Québécois sur OnlyFans s’ouvre sur la réalité d’un homme sur la plateforme

Il dénonce les doubles standards dans le domaine.

La plateforme OnlyFans, où les créateurs peuvent partager toutes sortes de contenus en moyennant, entre autres, des frais par mois à leurs abonnés a explosé en popularité dans la dernière année au Québec.

Connu majoritairement pour le contenu pour adulte qu'on y trouve, on peut y suivre beaucoup de femmes québécoises, mais aussi des hommes.

Narcity s'est donc entretenu avec Kyle Smiles, un ancien danseur nu du célèbre bar 281 qui est sur la plateforme depuis février 2019, pour connaitre sa réalité, mais aussi son point de vue sur la différence entre l'expérience des hommes, des femmes et des Québécois.es issu.es des minorités visibles sur OnlyFans.


Quel est ton parcours et qu'est-ce qui t'a mené vers cette plateforme?

« Ça faisait deux ans que je travaillais au 281, que j'étais danseur, puis j'en discutais avec mon frère […] je lui en avais parlé et je lui disais que dans le fond j'y réfléchissais et il me disait 'dans le fond OnlyFans ça t'ouvre à un marché que tu pourrais jamais avoir juste avec le 281, en dansant'.

« Le 281 c'est Montréal, c'est le Québec, c'est la région, mais OnlyFans, le potentiel est toute la planète, j'ai vraiment plus de personnes à aller chercher sur le Net que juste en étant en personne ou à un endroit. C'est à ce moment-là que je me suis dis 'je ne vois pas pourquoi est-ce que je chercherais pas une façon de faire plus de revenus'. C'est pour ça que j'ai créé mon compte. »

Est-ce plus difficile de percer sur la plateforme pour les francophones et les hommes?

« Je pense que oui, malheureusement. […] Je dirais que moi, justement, parce que ça fait longtemps que j'en fais, que pratiquement tout le contenu que je fais, je le fais moi-même que même les créatrices de contenus apprécient ce que je fais.

« Les autres créatrices de contenus sont ouvertes à m'inclure dans leur communauté, mais il y a beaucoup d'hommes qui prétendent faire du contenu puis dans le fond c'est juste une façon de pouvoir 'collaborer' avec des filles sans avoir à payer. C'est pas mal des crosses que les gars essayent de faire, quand moi je suis vraiment là pour créer mon contenu et essayer de faire de l'argent […].

« Mais sinon j'ai envie de dire en tant que tel aussi, le marché pour les hommes est plus petit que celui pour les femmes. Il y a beaucoup plus d'hommes hétéros que d'hommes homosexuels puis je dirais que même pour un homme, ce n'est pas vraiment les femmes qui vont être son public cible, ça va surtout être des hommes homosexuels. Juste là, ça fait que c'est un petit peu plus difficile de trouver son public cible et de faire de l'argent, mais ça reste bien possible. »

Toi, as-tu un public cible en particulier?

« J'ai envie de dire que j'ai pas de public cible. Je fais le contenu que j'ai le goût de faire. J'essaye de faire justement du contenu qui est original, artistique, sensuel, mais ça reste que facilement 95 % de mon audience doit être des hommes. »

Quel type de contenu fais-tu?

« Quand j'ai commencé, j'étais danseur au 281, fait qu'au début, mes plus vieilles vidéos c'était un peu du contenu exclusif du 281. C'était mes stages, quand je dansais sur la scène. Quelques petites vidéos que je mettais sur Instagram en stories que maintenant je les ai publiées indéfiniment sur ma page OnlyFans.

« Sinon c'est beaucoup de photo de photoshoot, des autoportraits. […] Je fais aussi de la nudité, je fais des strip, j'y vais dans la sensualité, mais j'essaye toujours d'être de bon goût. »

Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler avec OnlyFans?

« Les avantages c'est que t'es ton propre boss. OnlyFans offre beaucoup d'outils analytiques qui fait que […] si tu as de bonnes techniques en marketing, c'est facile d'aller chercher tes clients ou de créer des promotions qui vont faire que, au final, ça va te rapporter plus d'argent.

« Sinon, je pense qu'il n'y a pas beaucoup d'autres plateformes qui permettent de faire ça, directement avoir un lien avec ton public puis directement monétiser […]. Avec OnlyFans, ils ont juste besoin de s'inscrire, de te follow puis tu as déjà un contact avec eux puis tu peux déjà justement leur fournir du contenu pour lequel ils peuvent payer.

« Les inconvénients, déjà OnlyFans prend 20 % de tous les revenus que tu fais. […] Sinon la plateforme est un petit peu instable. Ça arrive souvent qu'il y ait des bogues, que certaines vidéos que tu voulais envoyées en privé s'envoient pas, ou que tu devais payer pour l'acheter puis finalement la personne a pu la regarder sans nécessairement avoir à la payer. Ça n'arrive pas super souvent, mais ça arrive. […]

« Il n'y a pas vraiment de recherche, tu ne peux pas aller directement sur OnlyFans pour chercher certains créateurs de contenu ou des catégories, y'a aucun moyen de chercher d'autres créateurs sur OnlyFans, fait que tu peux pas utiliser la plateforme comme outils de marketing, il faut que t'utilises d'autres plateformes comme Instagram, ou il y a beaucoup de monde qui le font sur TikTok, ou tout ce genre de trucs là. »

As-tu déjà eu de mauvaises expériences sur OnlyFans?

« Moi personnellement non, je sais qu'il a plusieurs filles qui ont déjà justement eu leur contenu leak. Ou sinon des filles que les gens ont eues contact avec leur contenu puis ils ont appelé leur employeur pour leur dire qu'elles font ce genre d'affaires là, ou même envoyer des photos, des vidéos à leur famille.

« Je comprends pas que les gens ont aussi peu de vie pour faire ce genre de truc là. Mais moi j'ai vraiment eu de la chance qu'il n'y a jamais de trucs comme ça qui me soient arrivés. »

Penses-tu que les femmes sont plus souvent jugées que les hommes pour leur présence sur la plateforme?

« Absolument. Je trouve, par rapport à tout ce qui est… en fait j'aurais le goût de dire que sur tout ce qui est sexuel, les femmes sont plus jugées, mais j'ai envie de dire que dans tout, les femmes sont plus jugées que les hommes.

« Je trouve que justement le sex work, la sexualité c'est quelque chose de plus parce que même quand je travaillais au 281, y'a jamais personne qui est venu me dire quoi que ce soit de désobligeant. Même là maintenant, je suis sur OnlyFans, y'a jamais rien de désobligeant qui a jamais été dit, en tout cas pas directement à moi.

« Mais je sais qu'il y a plein de filles, à partir du moment où elles dansent, c'est des p*tes, à partir du moment où elles sont sur OnlyFans, c'est des p*tes. À partir du moment où elles sont libres dans leur sexualité c'est des p*te. Juste de la façon qu'elles s'habillent, je trouve que peu importe ce que les femmes font, on dirait que les gens ont tellement un jugement qui est critique, puis je trouve ça dommage parce que c'est pas nécessairement juste des hommes, mais aussi d'autres femmes.

« Donc c'est vraiment quelque chose que je trouve déplorable puis dès que j'ai l'occasion, j'essaye d'en parler parce que je le vois, je le vis le double standard.»

Vis-tu de tes revenus?

« J'ai commencé à prendre mon OnlyFans au sérieux à partir de septembre de l'année passée, et depuis je fais toujours entre 400 et 1200 USD par mois.

« Je peux pas vivre juste de ça, mais c'est quand même un bon montant, je ne vais pas me plaindre. Je trouve que ça arrondit bien mes fins de mois. »

Penses-tu qu'être un homme noir a un impact sur ton succès sur OnlyFans et tes autres plateformes?

« C'est quelque chose que je me suis déjà demandé. On va dire sur mes autres plateformes, sur TikTok j'aime bien faire des vidéos humoristiques, ce genre de trucs là et j'ai l'impression que pour ce qui est de l'humour, le fait que je sois noir me nuit pas nécessairement […]. Au niveau de l'humour, les noirs on a déjà fait notre place, je pense que ce soit avec Kevin Hart, Eddy Murphy, Chris Rock, Dave Chappelle, il y a beaucoup d'humoristes noirs, de comédiens noirs qui ont fait leur place, qui font qu'il n'y a pas autant de barrières, pas autant de plafonds à détruire.

« Par contre, quand je travaillais au 281, quand j'ai commencé, l'animateur m'a dit dès le début que le fait que j'étais noir risquait de me nuire, que malgré tout […] ça reste qu'il y a beaucoup de monde qui a un peu des préjugés ou qui ont des 'préférences' qui font qu'ils ne sont pas attirés par les hommes noirs, puis je pense que même au niveau de OnlyFans et tout ça, c'est sur que c'est quelque chose qui peut me nuire. […]

« Il y a du monde qui ne jurent que par les hommes noirs, je trouve que ça rétabli un peu la balance, même si ceux qui ne jurent que par les hommes noirs d'habitude, c'est un peu du fétichisme alors c'est pas nécessairement quelque chose qui est plaisant, c'est pas le meilleur, mais bon, ça rétabli un peu la balance.

« Les femmes noires, définitivement ça les nuits. […] Sinon les femmes qui ont de différentes body shape j'ai envie de dire, qui ne sont pas dans les standards de minces avec de gros seins puis de grosses fesses, ça aussi c'est très rare [qu'elles aient des milliers d'abonnés], même que j'ai vu plusieurs vidéos [qui expliquaient] justement que TikTok supprimait des vidéos de femmes avec un peu plus de rondeurs, puis exactement la même vidéo faite par une créatrice qui était mince, aucun problème. C'est ça le problème un petit peu avec certains réseaux sociaux, c'est qu'ils ont leurs propres règles, ils ont leurs propres façons de faire qui peuvent définitivement nuire à certaines personnes plus qu'à d'autres malheureusement. »

Cet entretien a été modifié et condensé afin de le rendre plus clair.

À noter que l'écriture inclusive est utilisée pour la rédaction de nos articles. Pour en apprendre plus sur le sujet, tu peux consulter la page de l'OQLF.

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