Le week-end dernier marquait le « premier anniversaire » de la plus importante fuite de données chez Desjardins. Un an plus tard, les experts affirment que les fraudes pourraient durer encore des années. 

C’était un 19 juin. Un employé malveillant de la coopérative Desjardins a volé les données personnelles de 4,2 millions de personnes.

Un vol d’une ampleur sans précédent pour le mouvement coopératif, a affirmé à l’époque le président de Desjardins, Guy Cormier.

Selon le spécialiste en sécurité de l’information et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, Steve Waterhouse, les fraudes qui ont suivi cette fuite pourrait durer des années.

« Les fraudeurs séviront deux, quatre, voire six ans après le méfait, lance d'emblée M. Waterhouse. Des fraudes, il va en avoir. Si ce n’est pas à cause de Desjardins, ce sera pour une autre raison, une autre fuite d’informations. »

Le Centre Anti-fraude du Canada confirme qu’il a reçu entre le 20 juin 2019 et le 18 juin 2020, 1 576 rapports indiquant une violation de données.

« Maintenant, est-ce cette fuite-là qui a causé ça ou une autre ? C’est vraiment difficile à prouver, mais la probabilité est forte », lance le chargé de cours.

M. Waterhouse note que cette fuite a été un « éveil nécessaire » pour les Québécois.

« Cet éveil-là a apporté la connaissance aux Québécois de la fragilité de leur vie privée, affirme d’emblée M. Waterhouse. Avant Desjardins, les gens se disaient "c’est loin de moi, c’est à l’extérieur du pays, ça ne me concerne pas". Là, c’est venu les chercher dans leurs poches. »

M. Waterhouse ajoute aussi que depuis juin 2019, la population porte maintenant « plus attention » à leurs données.

Du côté de Desjardins, c’est autre chose.

Selon M. Waterhouse, lorsque le Mouvement aborde le sujet de la protection d’informations personnelles, c’est « toujours avec un soupçon de licorne et d’arc-en-ciel, juste pour que ce soit bien agréable à parler ». 

« Ils ne sont pas capables d’aborder le sujet de front », dit-il.

Bien que les institutions financières connaissent « très bien » le risque de fuite de données, c’était, selon le spécialiste en protection d’informations personnelles, connu qu’il y avait du passage d’informations gratuites au sein même de l’institution. 

« Côté transactionnel, Desjardins a toujours été à l'avant-plan de leurs expertises, dont la protection des transactions, avoue-t-il. C’est dans la protection de l’information qu'il y avait des lacunes », ajoute-t-il.

La porte-parole de Desjardins, Chantal Corbeil a affirmé à Narcity que la Coopérative n’accordera pas d’entrevue, « car une enquête est toujours en cours ».

Questionnée sur la protection de ses membres, un an plus tard, Mme Corbeil a tenu à réitérer que Desjardins avait augmenté ses investissements « significativement » en sécurité de l’information et continuera de le faire alors qu'un Bureau de la sécurité a été mis en place « au cours des derniers mois ».

Malgré la fuite de données, les particuliers sembleraient rester fidèles à la coopérative, alors que Desjardins a accueilli 35 000 nouveaux membres.

« C’est comme le monde qui chiale que la vie privée est bafouée sur Facebook... mais tout le monde reste là », compare à la blague Steve Waterhouse. 

« Le consommateur ne comprend pas encore que c’est lui qui a le dernier mot », dit-il.

Selon les chiffres fournis par Desjardins via courriel, ce sont 1 719 312 membres du Mouvement qui se sont inscrits jusqu'à présent au service de surveillance de cinq ans d’Équifax, offert par la coopérative. 

 

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