Recevoir une commande par la poste peut être anodin, surtout si tu es un adepte du commerce en ligne. En revanche, il est surprenant de tomber sur un paquet dont tu ignores la provenance. Voici ce qu’il faut savoir sur le brushing scam, ces colis non sollicités que plusieurs reçoivent au Québec.

Le tout a été largement médiatisé aux États-Unis et au Canada la semaine dernière, lorsque plusieurs citoyens ont affirmé avoir reçu des semences par la poste en provenance de Chine. 

Le problème, c’est qu’ils ne les avaient jamais commandées, ces semences.

Ces livraisons ne s’arrêtent pas seulement aux produits horticoles, mais concernent également portefeuilles, boucles d’oreilles ou filtres à caméra pour iPhone. 

La falsification des commandes en ligne, ou « brushing scam », comme on l'appelle en Chine, permet aux vendeurs de gonfler leurs chiffres de vente et, en théorie, de renforcer leur position sur les marchés en ligne.

Voici, grosso modo, le fonctionnement du brushing scam, selon l’ancien officier à la sécurité informatique au ministère canadien de la Défense nationale, Steve Waterhouse:

  • Le vendeur trouve un brusher. Il le paie selon le montant total des produits plus un frais;

  • Le brusher place la commande pour le produit en tant que tel;

  • Le vendeur postera un colis vide ou contenant un objet;

  • Le brusher paie avec l’argent qu'il a eu à l’avance et écrit de bons commentaires en ligne et       

  • Le produit du vendeur finit dans les premiers résultats de recherche, générant beaucoup de trafic. 

Audrey Ferron est l’une de ces personnes, parmi tant d’autres,  qui a reçu un colis non sollicité par la poste. À l’intérieur se trouvait un masque « de moindre qualité », dit-elle.

Elle affirme qu’un paquet en provenance de Chine était arrivé dans sa boîte aux lettres, il y a quelques semaines. « Il y avait mon nom et mon adresse d’indiqués dessus. Bizarre! »

Durant le confinement, Mme Ferron s’est adonnée à plusieurs achats en ligne, comme plusieurs Québécois.

Initialement, la résidente de Montréal avait notamment commandé différents produits sur Amazon, Fruugo, Wish et Teeturtle.

Aucun site d'achats en ligne n'est à l'abri de ce type de fraude.

L’expert en sécurité informatique Steve Waterhouse affirme que le brushing scam n’est pas un nouveau phénomène et qu'on le voit de plus en plus depuis la croissance des achats en ligne.

Ça fait quand même cinq ans que le tout est documenté par le Wall Street Journal, notamment.

Avec le système de faux bons commentaires, « ça donne un faux sentiment à la clientèle réelle d’aller demander le produit en tant que tel parce qu’il a quatre ou cinq étoiles et de très bons commentaires », selon M. Waterhouse.

« Personne n’est vraiment là pour contrevérifier si le tout est véridique. Sauf si la personne porte plainte », note-t-il.

Dans le cas de Charlie Bilodeau, il a pour sa part reçu un portefeuille provenant de Chine, après avoir malencontreusement fourni ses données sur un site frauduleux offrant des spas à rabais.

Après avoir porté plainte, les organisations comme Amazon mèneront leur enquête et, par la suite, se rendront compte que c’est du brushing scam.  

Est-ce que le tout est légal? « C’est une manière d’accélérer le placement de produit, mais c’est une pratique commerciale qui n’est pas légale », affirme M. Waterhouse.

Pour le consommateur qui reçoit un colis non sollicité, il s’agit d’un cul-de-sac.

« À un certain point, les adresses et noms de plusieurs sont facilement accessibles et trouvables sur Canada411, par exemple », dit-il. « Il n’y a pas eu de hacking et, à première vue, le tout semble inoffensif. »  

Pour tout colis non sollicité, Steve Waterhouse suggère de le rapporter au Centre antifraude du Canada (CAFC).

De son côté, le CAFC a indiqué à Narcity que c'est une nouvelle tendance qu'il examine, mais pour « l’instant nous classons ces rapports comme de la fraude d'identité », ajoute-t-il.

En revanche, il est inutile de rapporter le tout aux corps de policiers locaux.

« Lorsqu’il arrive des crimes technologiques comme ça, poliment, ils peuvent prendre la déposition, mais rien ne sera fait », dit M. Waterhouse. « Le Centre antifraude est là pour ça. »

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