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3 politiciennes québécoises se confient sur la pression que les femmes vivent en politique

« Les femmes, on dérange plus facilement que les hommes. »

Journaliste nouvelles, Narcity Québec
3 politiciennes québécoises se confient sur la pression que les femmes vivent en politique

Peu importe le genre d'un.e député.e, d'un.e chef.fe de parti ou d'un.e maire.sse, la joute politique n'est pas évidente pour tous et toutes. C'est particulièrement le cas pour les femmes et elles en sont conscientes de la pression sur elles, selon ces trois politiciennes québécoises qui rayonnent sur les scènes fédérale, provinciale et municipale.

Narcity s'est entretenu avec la députée libérale fédérale Mélanie Joly, la cheffe de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale Dominique Anglade et la mairesse de Montréal Valérie Plante.

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Place aux doubles standards

Ça, elles en vivent tous les jours depuis le début de leur carrière, « mais on n'est plus dans le "ben voyons donc, retourne dans ta cuisine" », lance d'emblée la mairesse sortante de la métropole, précisant que ce sont plutôt de petits messages, de perceptions.

« On va se dire que les femmes en général et même en politique, il y a des qualités qu'elles doivent avoir, comme une certaine douceur, une bienveillance, être compréhensive, dévouée », donne Mme Plante en exemple.

Bien que ce ne soit pas systématique, des caractéristiques particulières vont viser la gent féminine.

« Quand une femme politique se fâche, on peut plus facilement dire qu'elle est agressive, qu'elle perd le contrôle, qu'elle est frustrée. »

La cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, abonde en ce sens, affirmant qu'il y a encore aujourd'hui à l'Assemblée nationale des terminologies qui sont utilisées pour parler d'une femme « qui relève d'une autre époque ».

« Quand le premier ministre va dire que [je suis] chialeuse, ben il n'y en a pas de politiciens gars à qui on dit ça », dit-elle. « Ça fait partie de notre quotidien, mais plus il y a de femmes en politique, plus il y a de gens qui se lancent en politique, plus ça change. »

Concilier travail-famille, un enjeu

Mélanie Joly ne s'en cache pas, elle et son conjoint sont en processus de fécondation in vitro pour fonder une petite famille. Bien qu'elle ne soit pas encore mère, la députée libérale d'Ahuntsic-Cartierville souligne que ce n'est pas facile de persuader des femmes d'entrer dans l'arène politique.

« Je ne peux pas convaincre mes collègues femmes de se présenter en politique et qui ont des enfants, si moi-même je n'en ai pas et que je ne suis pas capable de vivre cette réalité de concilier travail-famille », concède-t-elle.

Elle souhaite toutefois qu'il y ait une meilleure conciliation travail-famille en politique, « le plus grand frein » pour que les femmes se lancent en politique, selon elle.

Pour sa part, Dominique Anglade mentionne que lorsqu'une femme veut avoir des enfants, c'est à ce moment qu'elles se posent des questions, comme « telle ou telle promotion, je ne l'ai peut-être pas eu parce que j'étais enceinte », cite en exemple celle qui est devenue la première femme à la tête du PLQ et première femme noire à la tête d'un parti politique.

« Il faut changer cette philosophie, parce que c'est une chance inouïe de pouvoir porter un enfant. Tourne-le à ton avantage », lance celle qui avoue toujours avoir voulu être maman, mais qui a déjà eu des remises en question.

Mme Anglade se rappelle d'ailleurs un échange qu'elle a eu avec son père à l'époque.

« Je me demande si je vais être capable de revenir comme j'étais, après avoir eu mes enfants », raconte-t-elle. « Et lui me répondre "Ben pourquoi pas?". Je lui dis "Mais toi papa, tu ne le sais pas, t'es un gars. Tu ne comprends pas!" »

Être sa plus grande alliée

La mairesse de Montréal ne s'en cache pas, lorsqu'elle est devenue cheffe de Projet Montréal, elle a décidé que c'est elle qui allait être sa « plus grande alliée » et commencer à changer les structures et changer les choses pour faire en sorte que le milieu municipal soit plus accueillant pour les femmes et les minorités.

« Comme preuve, cette année, on va avoir 65 % de candidate aux élections municipales », se félicite-t-elle. « On sort positivement de la zone paritaire, ce qui n'est jamais le cas. »

À titre d'exemple, sur 27 ministres au sein du conseil exécutif du gouvernement de François Legault, 10 sont des femmes, soit 37 % d'entre elleux.

Souvent, c'est la peur de faire le premier saut qui est le plus dur pour investir les femmes en politique, selon Mme Anglade, qui affirme croire au progrès et à l'arrivée davantage de femmes en politique fédérale, provinciale et municipale.

« C'est comme être devant une falaise et tu regardes en bas en te disant "j'devrais sauter", mais tu n'as pas envie, parce que l'eau à l'air froide, ce n'est pas le fun », dit-elle.

La population plus dure envers elles?

« C'est sûr que je la sens la pression », avoue Mélanie Joly. « Je la sens depuis le début de ma carrière. En même temps, les femmes sont synonymes de changement et c'est bon. »

En revanche, bien qu'elle croit que les gens ont tendance à faire plus confiance à une femme, elle martèle que la critique est « plus acerbe » lorsqu'iels ne sont pas satisfait.es et « la misogynie peut des fois ressortir ».

Dominique Anglade, elle, ne croit pas que les gens vont faire plus confiance à une femme en politique, mais elle est convaincue qu'elles ont moins de place à l'erreur.

« Les femmes, on dérange plus facilement que les hommes », affirme pour sa part Valérie Plante. « Sur quoi? Ça, c'est arbitraire, mais on dérange plus et les gens se sentent plus libres de nous insulter violemment. »

Elle avoue qu'elle se fait traiter de « trou de cul », mais ça ne lui fait pas un pli.

« Mais me faire dire "j'espère que tu vas te faire violer, salope", c'est mon intégrité physique qu'on attaque », s'insurge-t-elle, doutant que ces propos soient tenus à l'égard de son adversaire masculin, Denis Coderre.

« Si regarder les réseaux sociaux est un de vos critères pour vous lancer en politique, ce n'est pas un bon critère », lance Mme Anglade en riant.

Toutes les trois s'attendaient à cette pression et tout ce qui en découle. Malgré tout, la cheffe de l'opposition officielle rappelle qu'elle fait de la politique « parce que ça me tient dans les tripes » et parce que ça l'anime.

« C'est la réalité de vie de femme, qui est complexe, mais qui est belle », dit pour sa part Mélanie Joly. « Je ne changerais pas ma réalité pour tout l'or du monde. »

Cet entretien a été édité et condensé afin de le rendre plus clair.

À noter que l'écriture inclusive est utilisée pour la rédaction de nos articles. Pour en apprendre plus sur le sujet, tu peux consulter la page de l'OQLF.

La photo de couverture est utilisée à titre indicatif seulement.

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