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Cette interprète que tu vois presque tous les jours depuis un an nous dévoile son histoire

La pandémie a eu un gros impact sur la langue des signes québécoise (LSQ).

Bien qu'elle soit omniprésente dans le quotidien des Québécois.es depuis le début de la pandémie, l'interprète Patricia Viens reste moins connue que le trio Arruda-Legault-Dubé ou que le duo Drouin-Plante. Or, elle avoue que la langue des signes québécoise (LSQ) a pris du galon grâce à la COVID-19.

Patricia Viens est sourde depuis la naissance et a appris la LSQ comme langue maternelle, comme une personne entendante apprend le français ou l'anglais.

À 46 ans, elle connaît cette langue de fond en comble. Après quelques séjours dans l'Ouest canadien et aux États-Unis, elle est d'ailleurs bilingue, puisqu'elle signe aussi l'American Sign Language (ASL).

Un avant et un après pandémie

En entrevue avec Narcity*, Mme Viens a mentionné que la pandémie de COVID-19 a été un game changer pour la LSQ, soufflant ainsi un vent de « grand changement » quant à la sensibilisation à la langue des signes.

« Avant, on pourrait dire qu'il y avait des services en LSQ, mais on ne les voyait pas tant », signe-t-elle. « Il y avait encore beaucoup de frustration. »

L'interprète martèle qu'une personne sourde ne « devrait [pas] se battre pour avoir certains services ».

« Les personnes sourdes ont le droit de savoir ce qu'il se passe et n'ont pas à faire un effort supplémentaire pour comprendre l'essence d'un message », spécialement en temps de pandémie.

Depuis le début de la crise sanitaire qu'a engendré la COVID-19, la population est devenue « consciente » que c'est un service qui peut être offert et elle fait « de plus en plus » appel au service d'interprétation de la LSQ. C'est le cas du gouvernement ou différentes instances, où il est notamment possible de voir Patricia Viens signer.

Du côté personnel, elle a aussi noté un avant et un après quant à sa notoriété. La mère de famille monoparentale peut maintenant se faire interpeller à l'épicerie par des inconnu.es qui la reconnaissent et mentionne à son fils de 8 ans qu'iels l'ont vue à la télévision, précise-t-elle à la blague.

La LSQ, une langue « à part entière »

La langue des signes québécoise est « une langue à part entière » d'après Patricia Viens. Cette dernière va même plus loin et mentionne que la LSQ devrait être mise de l'avant dans les écoles et être enseignée comme on y enseigne le français, l'anglais ou l'espagnol.

Selon elle, une personne entendante qui aurait des connaissances de la LSQ aurait un « sentiment de liberté », lors d'un échange avec une personne sourde.

« Apprendre la langue faciliterait les échanges », dit-elle d'emblée.

Mme Viens avance même qu'un objectif l'habite, venu le temps de signer à l'écran, puisqu'au moment où elle traduit, elle affirme avoir le « privilège de sensibiliser la population à la LSQ ».

Bien plus que des signes

« Ce n'est pas que la maîtrise de la langue qui est suffisante » pour interpréter la LSQ, confie Mme Viens.

Elle précise que la majeure en interprétation français-langue des signes québécoise de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) initie les étudiant.es aux principaux domaines de pratique, comme divers processus interprétatifs, la translittération et la déontologie et l'éthique derrière la LSQ.

Patricia Viens affirme que l'expression faciale d'une interprète est aussi importante que les signes, puisque ça fait partie de la grammaire.

« Si je fais le signe du mot fâché avec un sourire, ça ne fonctionnera pas », signe-t-elle en exemple.

Les sourcils sont aussi à prendre en compte, puisque relevés, ils auront une connotation interrogative, alors que s'ils sont baissés, ils agiront comme exclamation.

« Tout passe par les comportements non manuels, les expressions sont porteuses de sens », révèle-t-elle.

D'ailleurs, elle invite les personnes sourdes qui souhaitent devenir intermédiaires linguistiques à s'inscrire à la majeure uqamienne ou à l'un des quatre cours complémentaires de LSQ, allant du niveau débutant à avancé.

*L'échange a été possible grâce à la participation de l'interprète entendante et collègue de Patricia Viens, Brigitte Giguère.

Cet entretien a été modifié et condensé afin de le rendre plus clair.

À noter que l'écriture inclusive est utilisée pour la rédaction de nos articles. Pour en apprendre plus sur le sujet, tu peux consulter la page de l'OQLF.

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