Le système d'éducation du Québec en aura pris pour son rhume, avec la pandémie de COVID-19. L'enseignement à distance peut sembler facile, mais la vivre, c'est autre chose. Des étudiants au cégep affirment ne pas voir la lumière au bout du tunnel.

C'est du moins le cas d'Alexie Tremblay et d'Yves Robert, qui étudie respectivement au Cégep de Joncquière au Saguenay, et au Collège de Maisonneuve à Montréal.

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Comment se passe l'enseignement à distance ?

Yves Robert étudie en technologie des procédés et de la qualité des aliments.

Cette session-ci, l’étudiant de 38 ans suit sept cours et il le dit en toute honnêteté : « C’est vraiment difficile! »

« Si je donnais une moyenne d’heure par cours et par semaine, ce serait de trois à six heures par cours, par semaine », confie-t-il, précisant que la charge de travail a « vraiment augmenté d’environ 200 % ».

Étant dans une technique, Yves avance que, normalement, il se doit de suivre des laboratoires de plusieurs heures, dont pour son cours de chimie du lait.

« Mais mon prof ne donne aucun cours en ligne, aucune capsule. Par contre, il nous a mis en ligne sur Omnivox 96 documents pour s’auto-enseigner », déplore l’étudiant.

Même son de cloche du côté d’Alexie Tremblay, qui étudie en comptabilité et gestion.

« Je suis toujours toute seule chez nous, avec mes livres. Je ne vois pas la fin de la session », s'insurge-t-elle.

Alexie avoue que oui, les enseignants sont conciliants et comprennent leur situation, « mais jusqu’à quel point ».

« On n’est même pas capable de poser nos questions dans nos cours. Ils en ont tellement par-dessus la tête et via la plateforme Team ou autre, c’est dur », affirme l’étudiante de 18 ans.

Alexie ne s’en cache pas, elle doit pratiquement tout faire en double, « parce que oui j’ai la matière à étudier, mais on n’a pas le temps de faire la matière qu’on voit en classe ».

Quand le stress et l'anxiété gagnent du terrain

« Je suis déjà un peu stressée dans la vie, pour ce qui est de ma performance, affirme la jeune saguenay-jeannoise. C’est surtout ça qui m’a affecté mentalement. »

Alexie voit présentement que ses résultats ne sont pas aussi bons que ses autres sessions, mais souhaitent tout de même mettre plus d’efforts.

« Je suis habituée d’avoir des 90%. Si j’ai une note de 70%, ça m’angoisse ben raide », dit-elle.

Dans sa technique seulement, elle affirme voir du relâchement généralisé, alors que trois personnes ont « lâché » le programme et les moyennes baissent.

Une période sombre a frappé de plein fouet Yves Robert, entre août et octobre dernier, lui qui dormait de deux à trois heures par nuit seulement.

Tourmenté par la charge de travail, la tête « trop pleine » et en train de réfléchir à l’école, Yves a été pris d’une crise d’anxiété sévère le 28 octobre au soir.

« Je croyais que j’allais mourir », confie-t-il, mais depuis, « ça va mieux ».

« J’ai pris des décisions. J’ai gave up sur mes notes, totalement. Je me forçais toujours pour avoir des 85 %. »

Pour la suite des choses, Yves compte faire ce qu’il peut, « et si je passe, je passerai. »

Comptent-ils consulter pour les aider ?

D’un côté, l’un a essayé de consulter, mais en vain.

« C’est tellement long, lance Yves. Je suis toujours en attente. »

Le mois dernier, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a précisé qu’il y avait près de 16 000 personnes en attente de services psychologiques au Québec.

Toutefois, « il y a une infirmière qui m’a suggéré, après m’avoir posé quelques questions, de méditer. », précise l’étudiant, en riant.

De l’autre côté, au Saguenay, Alexie pense à consulter.

« Ce n’est pas normal d’être seule dans sa chambre en train de pleurer et commencer à angoisser en raison de l’école », dit-elle.