Cette année, la rentrée scolaire a été marquée par de nombreux étudiants qui cherchent à contester les restrictions en portant des tenues habituellement genrées. Dans le brouhaha de cette vague, une sexologue aborde la question du code vestimentaire non genré dans les écoles au Québec. 

Pour répondre au mouvement et réfléchir aux réels impacts que peut avoir ce dernier, Narcity s'est entretenu avec Amélie Bouchard, sexologue en clinique privée. 

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Elle travaille avec une approche anti-oppressive et féministe intersectionnelle. Amélie donne donc son point de vue sur la situation actuelle dans le milieu scolaire au Québec et les répercussions qu'ont ce genre de discussions chez les jeunes.

Quel est l’impact d’un code vestimentaire dans les écoles?

« C’est vraiment intersectionnel comme question parce que, historiquement, les codes vestimentaires utilisaient des termes comme "propre", comme "élégant". »

« Des trucs qui faisaient en sorte que, pas juste les filles, mais aussi les personnes racisées étaient discriminées », explique la professionnelle. 

Est-ce que les restrictions imposées par le cadre scolaire au niveau de la tenue ont une influence sur l’éducation sexuelle des jeunes?

« Le code vestimentaire est souvent visé envers les filles. En fait, on sexualise des parties du corps qui ne le sont pas nécessairement. C’est quelque chose sur lequel les gars n’ont pas à réfléchir », soulève Amélie. 

« C’est une charge supplémentaire sur les élèves filles qui font en sorte que ça va affecter négativement leur concentration et que ça va détourner leur attention de leurs résultats académiques. Donc c’est vraiment deux poids, deux mesures pour les filles et les garçons. »

Comment perçois-tu le fait que les jeunes aient des conséquences lorsqu’ils ne respectent pas le code?

« Je trouve que c’est vraiment humiliant et que ça détourne l’attention des autres élèves vers cet élève-là, sur son corps et sur sa sexualité. »

Elle raconte que ce n'est pas l'approche idéale et que ça peut influencer le comportement des jeunes par la suite : 

« Alors ça les fait réfléchir au sujet de la sexualisation et ça leur apprend que c’est mal. Ça fait répéter des comportements chez les garçons et chez les filles qui vont punir leurs compagnons de classe à cause de ça. »

Est-ce que le code vestimentaire limite réellement la discrimination ou l’intimidation?

« C’est sûr qu’un code vestimentaire comme un uniforme, ça va avoir comme conséquence positive que les classes sociales vont être moins apparentes. »

« Par contre, les enfants ne se côtoient pas seulement en classe. Ils vont se voir dans les journées pédagogiques, dans le quartier et tout, donc c’est un peu un plaster qu’on met sur une plaie saignante », confie-t-elle.

« Ça fait aussi en sorte que les élèves ont moins de temps pour explorer leur identité et comment ils vont l’exprimer. À l’adolescence, on commence à vraiment forger son identité, ce qu’on veut afficher aux autres. »

On remarque qu’une crédibilité s’installe envers les garçons qui participent au mouvement, est-ce que c’est différent du côté des filles?

« C’est bien que les garçons aient pris leur privilège de garçon, du fait qu’on écoute plus les garçons quand ils parlent à cause du sexisme inhérent qu’il y a encore dans la société. »

Elle souligne que la société n’accorde pas assez d’importance aux discours des filles et que celles-ci subissent des paroles lourdes de propos misogynes lorsqu’elles tentent de provoquer :

« Ce que je trouve déplorable, c’est qu’on applaudisse les garçons, comme ''Wow, ils sont braves, ils sont des héros, ils sont féministes'', mais les filles continuent d’être discriminées à cause de leurs vêtements. »

« On a eu cette discussion-là publiquement et on a vu que la voix des filles était vraiment moins valorisée. »

Est-ce que l'instauration d'un code vestimentaire non genré aurait un réel impact sur l’acceptation du spectre des genres?

« Tant qu’à donner un uniforme, on pourrait laisser les garçons et les filles choisir les objets qu’ils ou qu’elles veulent. »

Amélie explique qu'il faudrait d'abord « les laisser avoir une éducation sexuelle à l’école qui leur permet de poser des questions et d’explorer un peu leur sexualité, la question du genre et de ce qu’elles projettent. »

« Au niveau des garçons, si c’est une question de les déconcentrer, peut-être d’apprendre aux garçons de ne pas avoir des comportements d’agresseurs. »

« En ce moment, on valorise plus l’éducation des garçons, dans le fond on ne veut pas les déranger. Alors que les filles peuvent très bien être renvoyées à la maison et manquer une journée d’éducation », poursuit la sexologue.

Quels changements devrions-nous apporter pour être plus inclusifs?

« Premièrement, il faudrait arrêter de donner une saveur sexualisée ou hypersexualisée aux corps d’enfants », lance-t-elle.

« Arrêter de regarder les petites filles, de mesurer leurs jupes et avoir un comportement qui se veut le plus homogène possible avec les enfants filles et garçons. »

« Aussi, l’éducation sexuelle dès la maternelle à l’école, ce serait vraiment important. Et par des sexologues, pas par des professeurs. »

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