Après la prison, l’influenceur Dylan Demers tente un retour sur les réseaux sociaux
L'ancienne personnalité du Web Dylan Demers, condamné à quatre ans de prison pour production et distribution de pornographie juvénile, tente un retour dans l'œil du public suite à la levée de son interdiction légale d'utilisation des réseaux sociaux. L'homme, qui s'est fait connaître parmi les premiers « influenceurs » sur Facebook au milieu des années 2010 et s’était autoproclamé le « King de Snapchat », a publié une vidéo où il « raconte son histoire », et les réactions sont loin d’être unanimes.
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Dans ladite vidéo, il revient sur son parcours, offre des excuses plus ou moins bien formulées et reçues, et parle même de son futur sur les réseaux sociaux.
Rappel des faits
On se souvient que Dylan Demers, avec son ami proche Carlos Desjardins (de retour derrière les barreaux), avait accumulé des dizaines de milliers d’abonné.e.s sur Facebook et Snapchat en partageant du contenu de party, et un « lifestyle Dan Bilzerian Playboy », comme l'a décrit l'influenceur déchu. Il fait référence à la célébrité suivie par 29 millions de personnes, qui a explosé en popularité à l'époque à cause de son mode de vie extravagant sur les réseaux sociaux : partys démesurés, voitures de luxe, yachts, armes à feu et femmes très légèrement vêtues.
En février 2019, il est arrêté par le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) après dix mois d’enquête. Les accusations sont graves : production et distribution de pornographie juvénile, leurre informatique et harcèlement criminel. Cinq victimes, toutes mineures au moment des événements, avaient dénoncé l’homme.
En mai 2021, Dylan Demers est reconnu coupable devant la Cour de Québec de six chefs d’accusation de production et de distribution de pornographie juvénile. Il est ensuite condamné à quatre ans de prison en 2022, assortis d’une interdiction d’utiliser les réseaux sociaux pendant trois ans à compter de sa libération.
Son complice, Carlos Desjardins, avait pour sa part écopé de quatre ans et demi de prison en janvier 2020, avant d’être de nouveau arrêté en 2025 pour proxénétisme, et condamné à huit ans supplémentaires.
Un retour sur les réseaux sociaux en 2026
Le 10 mai dernier, Demers a brisé le silence en publiant sur Facebook et Instagram : « Don’t hate the player, hate the game », accompagné d’une photo de lui et d’un lien vers son compte Instagram sur la publication Facebook.
Deux jours plus tard, le 12 mai, il publie sur Instagram une image générée par intelligence artificielle le montrant portant une casquette « F*ck Carlos». En légende : « Des erreurs de jeunesse peuvent arriver. Répare tes erreurs, deviens quelqu’un de meilleur, ne pleure pas, dis “f*ck you Carlos” et souris. »
Finalement, ce dimanche 7 juin, Demers est allé plus loin. Sur sa page Facebook, qui compte toujours 40 000 abonné.e.s, il a publié une vidéo de 26 minutes intitulée « Aujourd’hui, je raconte mon histoire, mes erreurs, mon passage en prison et mon retour à la vie. »
Sa vidéo de retour sur les réseaux sociaux
Dans ce long monologue filmé en un seul plan, Demers retrace son parcours : la montée en popularité sur les réseaux sociaux dès 2014-2015, l’attrait grandissant pour les abonné.e.s et l’argent, le lifestyle de « superstar » et comment tout ça l’a mené à commettre des crimes graves.
Il commence par des excuses directement adressées à ses victimes, où il affirme « espérer qu'elles ont passé par-dessus » :
« Avant de commencer la vidéo, je tiens à m’excuser à toutes les victimes que j’ai impactées. Je voulais m’excuser de ne pas vous avoir respecté, de ne pas avoir respecté vos valeurs, votre consentement, de ne pas avoir respecté votre personne, d’avoir utilisé votre vulnérabilité pour mes désirs monétaires, d’abonnés, de views, de vous avoir utilisées littéralement comme objet. Je tiens sincèrement à m’excuser, puis j’espère qu’aujourd’hui, vous avez passé par-dessus. »
Il explique ensuite le contexte des crimes : lors d’un rassemblement à Québec, dans un party où de nombreuses personnes consommaient de l’alcool et de la drogue, il a filmé des adolescentes peu vêtues dans des positions compromettantes sans vérifier leur âge avant de diffuser ce contenu à ses dizaines de milliers de personnes sur Snapchat.
Il explique avoir déduit qu'elles étaient majeures, mais avoue aussi qu'il « faisait de l'aveuglement volontaire » et ne pensait qu'à sa plateforme et sa popularité.
« En même temps, tu sais, moi, quand je filmais, il n'y a jamais personne qui m'a dit : non, filme-moi pas », affirme Demers, qui justifie son état d'âme de l'époque. Devant la cour, il s'était défendu en affirmant « Personne ne m’a jamais demandé d’enlever une story Snapchat », en ajoutant que tous ceux et celles qui étaient à leurs partys savaient que les images filmées par les influenceurs allaient être publiées.
L'homme explique toutefois qu'il comprend maintenant que sans « non », ce n'est pas nécessairement « oui » :
« Ce n'est pas parce qu'une fille ne te dit pas non que tu as son consentement. Toutes ces filles-là étaient sur influence d'alcool, de drogue, etc. Moi, j'ai pris avantage de ça. Ce n'est pas parce qu'il y a des filles qui ont du fun que tu as le droit de filmer. »
Il annonce un retour et « son devoir » sur les réseaux sociaux
Il affirme avoir, entre autres, consulté des sexologues et des psychologues pendant son incarcération, et avoir terminé son secondaire en prison. Il dit vouloir utiliser son expérience pour sensibiliser les jeunes générations, et justifie ainsi son retour sur les réseaux sociaux.
« Je ne peux pas revenir en arrière, je ne peux pas réparer ce que j'ai fait. Mais aujourd'hui, je peux utiliser l'expérience que j'ai vécue pour de quoi de bien. [...] J'aurais pu me cacher pour le restant de mes jours, puis de ne plus jamais m'afficher, puis laisser tout ça en arrière, mais je trouve que j'ai un purpose.
« Mon expérience que j'ai vécue, je peux l'utiliser d'une bonne façon pour la nouvelle génération à venir, parce que mon expérience, tu ne peux pas l'acheter. [...] J'ai le devoir d'aider les gens. C'est pour ça que je veux rester sur les réseaux sociaux. »
« Le Dylan Demers, c'est le vrai Dylan Demers, ça va être ça avec toutes les vidéos que je vais faire. »
Dylan Demers s'est également créé un compte TikTok, sur lequel, au moment de publier ces lignes, il a seulement partagé un extrait de la vidéo qui explique ce qui l'a fait condamner pour production et de distribution de pornographie juvénile. Il n'a pas partagé d'extrait de ses excuses aux victimes ni sur TikTok, ni sur Instagram.
@ledylandemers De la prison à Montréal à Toronto avec #Drake🤷🏽♂️! #fyp #foryou #viral #qctiktok
Seules deux vidéos figurent pour l'instant sur ce nouveau compte : ses explications, et un extrait où il danse devant son téléviseur et affirme avec humour que le chanteur Drake l'attendait à sa sortie de prison. Le lien entre cette prétendue nouvelle mission et la vidéo reste difficile à saisir.
Les réactions en ligne
Le retour de Demers ne passe pas inaperçu, et les réactions sont très partagées. Des formulations comme « j’espère qu’aujourd’hui, vous avez passé par-dessus » sont mal reçues, puisqu'une victime est marquée à vie, expliquent certaines personnes.
D'autres internautes estiment que le fait de n'avoir partagé que l'extrait où l'homme mentionne avoir filmé des filles en train de « twerker » sur TikTok minimise volontairement la gravité des accusations : soit celle de production et distribution de pornographie juvénile.
Une utilisatrice Facebook rappelle que sa condamnation incluait une interdiction des réseaux sociaux de trois ans après sa libération, et que la lecture du dossier a effacé toute empathie qu’elle avait pu avoir au départ : « Étant maman de jeunes filles, jamais je ne souhaite voir quelqu’un comme toi sur les réseaux sociaux. » Elle a reçu plus de 600 mentions « j'aime » ou « j'adore ».

Une autre commentatrice, appuyée par près de 200 personnes, remet en question la sincérité de la démarche.
Elle note que Demers n’aurait pas supprimé ses anciennes vidéos malgré ses regrets affichés, que la présentation de ses pages n’a pas évolué, et qu’il s’est mis sur TikTok rapidement après sa sortie : « J’ai plus l’impression que tu tentes d’exposer ton “histoire” afin de relancer ta “popularité”. »

Sur la plateforme anonyme Reddit, le ton est encore plus tranché. Un utilisateur résume brièvement : « “Mon retour à la vie.” Ouais... et les victimes n’en auront jamais de véritable retour à la vie normale. »
Une autre personne ne mâche pas ses mots à son égard.

Toutefois, certaines personnes soutiennent la démarche et croient en la réhabilitation.
Jonathan Laberge, personnalité du Web de la même époque et ami de Demers qui l'avait invité à participer à son vidéoclip festif Dirty Talk, a partagé la vidéo en écrivant un message de support :
« Je veux te dire que j’ai beaucoup de respect pour la vidéo que tu as faite. Ta franchise et ta manière de t’exprimer montrent à quel point tu as grandi. J’ai toujours connu le bon côté de toi, mais là, on voit clairement ton évolution malgré ce que tu as vécu. Il va toujours y avoir des gens en accord ou en désaccord, mais ça prend du courage pour se remettre sur les réseaux et avouer ses torts publiquement. N’écoute pas les gens, garde la tête haute et change ça en positif. »

D'autres abonné.e.s de Demers ont partagé des messages d'encouragement avec des mots comme « on a tous le droit à une deuxième chance dans la vie » et « facile de juger quand on n'est pas passé par là ».

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