Une intervenante en violence conjugale explique la réalité des survivantes qui dénoncent

« C’est un peu un partage de courage entre les victimes. » 💪
Éditrice junior, Narcity Québec

Au cours des derniers jours, une vague d’appui a vu le jour au Québec suite à la dénonciation faite par Élisabeth Rioux au sujet de violence qu’elle aurait subie aux mains de son ex-conjoint. Narcity s’est entretenu avec une intervenante en violence conjugale afin de mieux comprendre les étapes suivies après une dénonciation et en quoi il est encore difficile pour les victimes de prendre parole.   

Dans une série de story sur Instagram, Élisabeth a accusé le père de sa fille Wolfie, Bryan McCormick, d'avoir été violent envers elle, en appuyant ses propos de photos.  

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Kristelle Dion, technicienne en travail social, a pu nous éclairer sur le sujet à l’aide de son bagage auprès de victimes avec Regroup'Elles, une maison d'aide et d’hébergement pour les femmes violentées.   

Elle discute du rôle des différentes ressources, de l’impact du statut de la victime et des effets possibles des témoignages publics.

Qu'elles sont les ressources offertes lors de tels événements? 

« Ce sont les policiers qui vont s’occuper [de se présenter] en urgence s’il y a une situation de violence physique. »

Dans les maisons d'hébergement, le personnel en intervention prend le relais lors de plaintes ou d'un premier appel de la part d'une victime : 

« On fait tout avec elles. On discute, on va les accompagner à la cour. Si jamais elles ont besoin de vendre leur maison ou résilier le bail, on va le faire avec elles. On va les accompagner dans tout ce qui est violence conjugale. »

« Concrètement, je dirais que notre mission première, c’est de redonner le pouvoir aux femmes sur leur vie », poursuit Kristelle.

Est-ce que parler publiquement de violence conjugale peut nuire au dossier des victimes?

« Il peut y avoir des impacts positifs comme négatifs. Ce qu’on conseille en maison d’hébergement, c’est de garder le plus d’éléments pour elles pour pas que les éléments se rendent à l’agresseur. »

Kristelle affirme que ça peut aussi démotiver les victimes à poursuivre les procédures, puisque les agresseurs seront mieux outillés afin de se défendre lors d'un éventuel procès : 

« C’est sûr que si ça va en procès et que l’agresseur sait un peu tout ce que [la victime a contre lui], sa préparation va être plus facile. »

D'un côté positif, on peut par contre y voir une vague d'appui à travers les sphères publiques :  

« Une victime qui parle haut et fort de ce qu’elle a vécu va en apporter d’autres. C’est un peu un partage de courage entre les victimes. »

Comment le statut d'une personne affecte-t-il la perception d'un témoignage?

« Si tu vas avec la différence des sexes, l’homme a toujours été mieux placé dans la société. Quand tu es une femme et que tu vas dénoncer une situation, ça va être plus difficile d’être [crédible]. »

La technicienne en travail social explique que, sur la place publique, le témoignage d'Élisabeth Rioux a été remis en question, alors que celui de son agresseur présumé, très peu.

Kristelle rapporte aussi qu'à de nombreuses occasions, son statut a été mis de l'avant : 

« Ce qui a été abordé, c’est le statut de la femme, c’est comment elle se montre sur les réseaux sociaux. Il y a eu beaucoup de slut shaming aussi. »

« C’est difficile pour la société de voir une femme qui s’accepte, qui va stand up pour ses droits, qui va être un peu plus forte. » 

« La société envoie tellement une image forte à la femme qu’elle doit être belle, qu’elle peut vivre ses émotions contrairement aux hommes, si on y va dans les gros stéréotypes. L’homme doit être fort tandis que la femme, dès sa naissance, est beaucoup classée en tant que victime », exprime-t-elle.  

On rappelle à toute personne victime de violence ou connaissant une personne en détresse que plusieurs ressources existent, comme SOS violence conjugale (1 800 363-9010). 

  • Laurie Forget a travaillé comme rédactrice et éditrice junior chez Narcity Québec.

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