L’OQLF s’en prend à un resto de Montréal à cause de ses réseaux sociaux et ça fait réagir
L’intention de Lahmajoune Villeray « n’a jamais été de nuire à la langue française ».

L’OQLF s’en prend au Lahmajoune Villeray, un resto de Montréal, à cause de ses publications en anglais sur TikTok.
En français, s’il vous plaît? La boulangerie bien connue du quartier Villeray, à Montréal, spécialisée dans la cuisine arménienne, a reçu à sa grande surprise une lettre de l’Office québécois de la langue française (OQLF). Pourquoi? Le contenu publié sur ses réseaux sociaux serait trop en anglais et pas assez dans la langue de Tremblay.
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Le 25 février dernier, Lahmajoune Villeray, reconnue notamment pour sa célèbre pizza arménienne éponyme, a reçu par la poste un avis de plainte de l’OQLF informant l’établissement, qui a pignon sur rue depuis plus de 40 ans, qu’une plainte avait été déposée au sujet de ses publications diffusées notamment sur TikTok.
Abasourdi par la situation, le fils des propriétaires, Charbel Hannan, a publié la missive sur Instagram, qui, au moment d’écrire ces lignes, cumule près de 2 000 « likes » et plus de 500 commentaires.
« Nous tenons à préciser que notre entreprise [...] est profondément enracinée dans la communauté montréalaise et québécoise, et que le français fait naturellement partie intégrante de notre identité, de notre service à la clientèle et de nos communications », peut-on lire dans la description Instagram, ajoutant ne soutenir « aucunement ce genre de lettre remplie de conneries ».
Grosso modo, à la suite d’une inspection, l’OQLF estime que Lahmajoune Villeray n’en a pas fait assez pour rendre le français accessible au public lorsque certaines publications sont diffusées dans une autre langue, en s’appuyant sur les dispositions de la Charte de la langue française qui encadrent les publications de nature commerciale.
En consultant brièvement le compte Instagram de l’entreprise, Narcity Québec a constaté, en date du 26 février, que la grande majorité des publications mettent de l’avant les deux langues officielles du Canada.
L’histoire est toutefois différente sur TikTok, comme le soutient l’OQLF dans sa lettre.
@lahmajoune_villeray Stop by our store for yours! #montreal #pourtoi #fyp #lahmacun #lahmajun #quebec #mtlfoodie #mtlblog #montrealtiktok #montrealcanada #montrealfood #middleeasternfood
Le Lahmajoune Villeray se défend
En entrevue avec Narcity Québec, Charbel Hannan s'est dit « triste » et « effrayé » de voir que des Québécois et des Québécoises ne puissent pas parler dans la langue de leur choix.
« C’est un peu triste, et pas seulement triste, c’est un peu effrayant aussi, parce qu’on ne sait plus où on se dirige, dit-il au bout du fil. On ne fait rien de mal. Ce n’est pas vrai qu’un individu ou une plainte va réussir à nous effrayer et réussir à nous taire. »
Il soutient que l'intention de l'entreprise familiale « n’a jamais été de nuire à la langue française et de la rendre moins accessible ou moins favorable » face à l'anglais.
Il assure que la boulangerie tente de publier ses contenus en français et en anglais, autant sur Instagram que sur TikTok.
« On fait le plus qu’on peut pour que les sous-titres et les "captions" soient visibles en français et en anglais. On n’est pas des experts, mais on essaie d’être le meilleur qu’on peut chaque jour », soutient le Québécois.
Charbel Hannan souligne aussi que la communication sur place se fait d’abord en français. « Quand vous rentrez chez nous, on va vous parler en français. Et si vous désirez qu’on vous parle en anglais, on peut s’ajuster », martèle-t-il.
Malgré tout, la famille ne compte pas changer sa façon de faire.
« On va rester fidèles à nous-mêmes. Ça fait 40 ans qu’on fait ça. On va continuer à faire notre travail comme il le faut. », conclut-il.
Une déferlante de soutien en ligne
« De tout cœur avec vous », « c'est incroyable » : en relayant la lettre de l'OQLF sur ses réseaux sociaux, Lahmajoune Villeray a reçu une vague de soutien de la part des internautes.

« Ça fait un bout que je veux essayer votre boulangerie, et ça me motive encore plus à le faire! », écrit une personne, en anglais.

« Pour de vrai, quand c'est rendu que le gouvernement se donne le droit de t'imposer la langue que tu veux utiliser sur tes réseaux sociaux, ça va trop loin. C'est du gros n'importe quoi », écrit une autre.

« C’est la plainte la plus ridicule qui soit! C’est difficile de voir ça autrement que comme quelque chose de malveillant. Merci d’être aussi formidables », lance une autre personne dans la langue de Shakespeare.

« Pas cool comme plainte, car on peut se faire servir en français dans votre commerce sans problème et avec courtoisie », rappelle une personne, suggérant toutefois de mettre de l'avant le français sur leurs publications avant l'anglais.